LA GRANDE VIE Jean-Pierre Martinet/ Denis Lavant/ les 20 et 21 octobre 2023
Vendredi 20 et Samedi 21 octobre, 20H
La grande vie spectacle compris dans l'abonnement
Eponyme du texte de Jean-Pierre Martinet

aux éditions de l'Arbre Vengeur, 2017
avec Denis Lavant
Grand prix de l'humour noir du spectacle 2012
Théâtre, monologue
A partir de 16 ans
Durée : 1H
Lien réservation et paiement en ligne :
vendredi 20 octobre
samedi 21 octobre
Extrait :

… Et la tristesse des chiens qui guettent la mort sur les murs salis par tant de doigts crasseux. Les passants avaient des allures de chrysanthèmes tardifs, et novembre s'éternisait. Le lierre s'agrippait désespérément aux murs du cimetière, mais au fond, on sentait bien qu'il n'y croyait pas, et qu'il avait été place là par les soins d'un décorateur neurasthénique. En été, les tombes reverdissaient, et le mur avançait, imperceptiblement. J'entendais parfois des craquements, la nuit, et cela me donnait d'épouvantables crises d'angoisse. Pauvre imitation de la vie. Comme on se sentait seul dans ce désert. Rue froide (…) Comment peut-on porter un nom aussi horrible ? Froidevaux ! Ah comme vos rues sont froides, messieurs, et comme on y meurt lentement, à petit feu, à petit pas, de chagrin et d'ennui ! Comme le cœur est lourd à porter en vos déserts !
La grande vie (sans majuscule) c'est celle du chétif Adolphe Marlaud. Il habite un appartement de la rue Froidevaux d'où il surveille la tombe de son père, policier modèle ayant participé à la rafle du Vel-d'Hiv et qui repose depuis 1953 dans le cimetière d'en face. La mère d'Adolphe a été gazée à Auschwitz. Dans cet arrondissement de Paris, il traîne sa maigre existence entre la boutique d'articles funéraires où il est employé, fantasmant sur les jeunes veuves qu’il y croise et bandant en leur citant les Oraisons funèbres de Bossuet, et la loge d'une énorme concierge qui l'a choisi pour amant et dont il est devenu la chose sexuelle. Pour parfaire la noirceur d'un humour qui nous tient dans les rets d'une jubilation grotesque, une issue tragique se prépare quand, veillant « sur les morts comme Dieu sur les vivants » dans la lunette de son fusil, il commence à viser des gibiers plus gros que les animaux errants sur la tombe de son père. C'est aussi le moment où les lettres délirantes de Mme M. la concierge, désormais internée à Sainte-Anne s'accumulent dans l'appartement où il s'est définitivement reclus.
La grande vie, que je pressentais dès ma première lecture comme un ouvrage explosif, tant en hilarité qu'en émotion retenue, m'accompagne depuis sa découverte (...)L'histoire de ce petit bonhomme au prénom évocateur n'est pas seulement grotesque et triviale, elle est aussi profondément authentique dans sa geste dérisoire de médiocrité et et de grandeur. Denis Lavant
« Denis Lavant : une présence magnétique
Denis Lavant (...) nous rappelle quel magnifique comédien il peut être. En une heure, il donne une leçon de théâtre en interprétant avec brio ce bref récit de Jean-Pierre Martinet (...) Pirouette initiale : Lavant pénètre sur scène quelques secondes, en long manteau gris. D’un geste, il projette dans la lumière une poignée de paillettes en annonçant le titre du spectacle : la grande vie. Denis Lavant, c’est d’abord une force, une présence. Un corps à la fois frêle et puissant, une silhouette immédiatement reconnaissable. À peine reparaît-il sur le plateau et l’on sait qu’on ne le quittera pas des yeux pendant une heure.
Ce mélange de tragique et de bouffonnerie l’accompagne depuis toujours. On serait tenté de dire qu’il le porte sur sa personne. Tantôt juché sur son tabouret de bar, tantôt « jouant » les scènes avec une grande économie de moyens, il campe son personnage avec une justesse parfaite. Le public ne s’y trompe pas.
Martinet a le sens de l’adjectif. Dans cet univers où l’on meurt lentement de chagrin ou d’ennui, (…) Adolphe habite au 47, rue Froidevaux, et l’auteur comme le comédien retournent dans tous les sens et avec délectation ce nom à la poésie terrible.
Évidemment, c’est très noir, à mille lieux des romans sentimentaux inoffensifs qu’on nous vend aujourd’hui à la pelle. On pense souvent à Céline, pour l’outrance et la faconde (...) »
Fabrice Chêne, Les trois coups, septembre 2009