LES SOLILOQUES DU PAUVRE Rictus/Bruzat/Le Louarn/Debard les 25 et 26 novembre 2023
Samedi 25 novembre, 20H
et Dimanche 26 novembre, 15H
Les Soliloques du pauvre spectacle compris dans l'abonnement
Eponyme des poèmes de Jehan Rictus
aux éditions Au Diable vauvert, 2020

avec Pierre-Yves Le Louarn
et Sébastien Debard à l'accordéon
Mise en scène de Michel Bruzat
Cie Mukashi mukashi, Paimpol
Théâtre, accordéon
A partir de 14 ans
Durée : 1H10
Co-production : Théâtre de la Reine blanche (75)
Lien réservation et paiement en ligne :
samedi 25 novembre
dimanche 26 novembre – 15h
Extrait:

- Ah ! comm’t’es pâle… ah ! comm’t’es blanc,
Sais-tu qu’t’as l’air d’un Revenant,
Ou d’un clair de lune en tournée ?
T’es maigre et t’es dégingandé,
Tu d’vais êt’comm’ça en Judée
Au temps où tu t’proclamais Roi !
À présent t’es comme en farine.
Tu dois t’en aller d’la poitrine
Ou ben… c’est ell’qui s’en va d’toi !
- Quéqu’tu viens fair’? T’es pas marteau ?
D’où c’est qu’t’es v’nu ? D’en bas, d’en haut ?
Quelle est la rout’que t’as suivie ?
C’est-y qu’tu r’commenc’rais ta Vie ?
Es-tu v’nu sercher du cravail ?
(Ben… t’as pas d’vein’, car en c’moment,
Mon vieux, rien n’va dans l’bâtiment) ;
(Pis, tu sauras qu’su’nos chantiers
On veut pus voir les étrangers !)
- Quoi tu pens’s de not’Société ?
Des becs de gaz… des électriques.
Ho ! N’en v’là des temps héroïques !
Voyons ? Cause un peu ? Tu dis rien !
T’es là comme un paquet d’rancœurs.
T’es muet ? T’es bouché, t’es aveugle ?
Yaou… ! T’entends pas ce hurlement ?
C’est l’cri des chiens d’fer, des r’morqueurs,
C’est l’cri d’l’Usine en mal d’enfant,
C’est l’Désespoir présent qui beugle !
Jehan Rictus c’est une voix vraie, une voix de misère et de révolte. Né en 1867, un père absent dès son enfance, une mère folle, qui le maltraite. Mieux vaut la rue. Commence alors une vie d’errance. Sur cette expérience-là se fondera sa poésie. Et pour dire la rue, la faim, le froid, la solitude, finis les alexandrins ! L’octosyllabe a davantage le rythme du parler quotidien. Ce qu’il faut faire entendre, c’est l’argot des miséreux, l’accent du faubourg. Ainsi naissent Les Soliloques du pauvre que Rictus dira sur scène, dans un cabaret.
J’aime la générosité, la profondeur, l’authenticité de sa langue tranchante, qui dénonce le caractère impitoyable de ce monde du tout jetable pourvu qu’il soit rentable. J’aime cette écriture explosive, qui va à l’encontre de la mode et de la pensée majoritaire, qui résiste à l’ordre établi avec une efficacité sans doute dérisoire face au pouvoir, mais dans une nécessité symbolique.
Pierre-Yves ne joue pas à être Rictus. Il devient Rictus. C'est à mes yeux le but de tout travail d’acteur. Mettre debout ces mots pour Pierre-Yves, qu il y aille de son corps, et que la poésie de Rictus nous rentre dans la peau, nous morde, nous pique, nous réveille, pour dire, pour rire, pour chanter. Puissent ces images se blottir au cœur des spectateurs… et qu’en sortant, on respire un autre air.
On passe à côté des « Rictus » de ce monde sans les voir, sans croiser leur regard, comme si l’on en avait peur ou comme si on n’avait pas envie de découvrir à travers eux la réalité de ce monde. Nous sommes condamnés à la fraternité… Avec ces voix retrouvons-nous « frères humains ». D'après une note de Michel Bruzat *
« En dialogue avec l'accordéon discret mais déchirant de Sébastien Debard, Le Louarn est poignant de naturel. Emmitouflé dans sa couverture élimée pour ne point se cailler les miches, il est plus et mieux qu'un simple récitant de litanies surgies d'un autre temps. Il est Rictus, éructant la prière païenne du temps présent. » Yonnel Liégeois, Chantiers de culture, 22 janvier 2019
« Cette langue de Rictus, le comédien Le Louarn semble la parler depuis toujours. Il est le clochard gouailleur, emmitouflé dans une couverture sur une dalle enneigée. Il s’empare de ces poèmes, publiés en 1897. Il les crie, les rit, les pleure. Durant 1H10, c'est la vie qui valse ! » Mathieu Perez, Le Canard enchaîné, 6 février 2019
« Pierre-Yves Le Louarn est un clochard magnifique, Sébastien Debard le transcende à l’accordéon. » Jean Barak, Envrak, 5 juillet 2019
* La saison passée on a pu voir à La Station théâtre Pierre-Yves Le Louarn mis en scène par Michel Bruzat dans A la ligne de Joseph Ponthus.