Ô LA LENTEUR ET LES FRISSONS ! LES VENDREDI 9 ET SAMEDI 10 AVRIL A 20H
Vendredi 9 et Samedi 10 avril à 20H
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Ô la lenteur et les frissons !
Une soirée imaginée par La Station théâtre
Poésie, théâtre, chant et musique
Avec Catherine Anne dans le poème La Ralentie de Henri Michaux, et dans son propre recueil Le Temps lent & Guylène Haslé au chant, à la kora, et à la sanzola, au N'goni et au concertina, sur des poèmes d'Yves Bonnefoy, d'Yvon Le Men, d'Andrée Chedid, de Jean Rio, d'Abdoul War, de Bernard Plouzennec, de Kouam Tawa, d'Esther Granek, de Té Hanhet et d'Asli Erdogan A partir de 15 ans, durée : 2 x 1H, avec entr'acte
Pour suspendre le temps, alors que tout contribue à en accélérer la perception dans la folie des guerres, de la vitesse et des écrans, j’ai voulu réunir dans une même soirée ces deux artistes sublimes et merveilleuses, l'une poète de l'écriture et dans le jeu qui lui donne corps, l'autre à fleur de peau avec le chant, la musique et le verbe de grands poètes :
- Catherine Anne fait œuvre par le verbe et l’écriture. Depuis presque 50 ans elle écrit et met en scène, notamment au sein de sa compagnie A brûle pourpoint dont elle vient d’achever le projet. Ses nombreuses pièces sont principalement éditées chez Actes Sud et à L’Ecole des loisirs. Elle a aussi longtemps joué, sous les directions de Claude Régy, Jacques Lassalle, Jean-Louis Martinelli ou Carole Thibaut. Il fallait bien que cet impressionnant rythme de carrière trouve un jour à se ralentir sans céder à l’épuisement de la sensibilité. Rien de plus évident que de se donner au poème pour cela : « On ne rêve plus. On est rêvée. Silence / On n’est plus pressée de savoir » (Michaux). Et c’est dans la métamorphose du corps par le poème que la tension du théâtre rencontre la nécessité du geste, de l’écoute et du désir : « Étire le temps / Garde la peau frêle et fragile et sensible / Garde le regard ému et avide / Garde l’enfance » écrit-elle. Et elle nous le dira.
- A fleur de peau, le chant de Guylène Haslé plane comme un lac, à telle enseigne qu’on voudrait presque paraphraser ainsi le vers de Lamartine : « Ô chant suspends ton vol ». Les cordes et les respirations ténues des légers instruments dont elle s’accompagne jouent de l’hypnose comme le font ces figures jamais fixées des murmurations d’étourneaux dans le ciel. C’est une grâce insaisissable à laquelle viennent se soumettre, presque étourdis, les mots des poèmes qui composent son récital. Comment n’y pas devenir ces tous petits enfants auxquels elle consacre d’habitude son art du chant, de la musique et du récit ? Nous ressentirons alors le don de la beauté offerte à l’innocence : « Et nos pas allaient nus, dans l’herbe sans mémoire ». Et peut-être, lorsque viendra cet autre vers d’Yves Bonnefoy: « oh, que tant d’évidence ne cesse pas », glisserons-nous de nos sièges pour nous mettre à genoux.
Gwenaël De Boodt