MA GRAND-MERE DISAIT LES VENDREDI 9 OCTOBRE A 20H ET SAMEDI 10 OCTOBRE A 20H
Vendredi 9 et Samedi 10 octobre à 20H
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Ma Grand-mère disait
Gingko Biloba théâtre
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Avec le soutien du Théâtre de la Cité Internationale, de La Parole Errante de la Région Normandie et du Lycée Marie Curie à Vire
Théâtre
Adaptation de Le Trésor de la guerre d'Espagne de Serge Pey Jeu, adaptation et mise en scène : Eva Castro A partir de 14 ans, durée : 1H
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Dans le regard d’un enfant sur les images vivantes, les choses deviennent des personnages, les personnages des événements et les événements des poèmes. C’est ainsi qu’écrit Serge Pey, fils d’un anarchiste anti-franquiste et chamane-marcheur à ses heures. Insolites, poétiques et drôles, ses récits prennent source dans le fait historique de la guerre d’Espagne et l’exil des républicains espagnols.
Eva Castro, enfant de Séville formée notamment au Teatro Estable de Granada et au Théâtre du Soleil, les revisite avec le duende d’une femme dans la danse de ses souvenirs sans jamais en sacrifier la langue. Elle tisse ainsi un lien entre sa propre enfance et celle de Serge Pey, entre le présent et le passé, avec l’espérance comme fil rouge. Elle le fait au fil d’un étendoir mystérieusement privé de son linge qui sèche à même le pré, de l’équilibre d’un banc boîteux que le prisonnier conserve avec d’infinies précautions pour échapper à son gardien endormi, de l’arrivée imprévue des convives que la porte de la maison arrachée à ses gonds attable autour d’elle, des sous-titres en français lus à l’envers de la toile de cinéma dressée sur la plage et des tombes qu’un pédagogue anti-conformiste y fait creuser aux élèves pour qu’ils s’y enterrent et fassent l’expérience de la poésie par le sentiment de l’inhumation.
Extrait:
"- Vite, enlève ta chemise et va l’étendre sur l’étendoir, ramène le linge qui reste. Vite… Dépêche-toi…
Je compris la précipitation de ma mère quand je vis, depuis notre jardin qui surplombait la route, une longue file de camions bleus de la gendarmerie.
Ainsi ma chemise faisait partie, elle aussi, d’une longue phrase. Elle était une lettre, peut-être un mot. J’étais fier. J’étais devenu une conjugaison, presque un verbe. J’existais dans le langage secret de ma mère, comme un mot important qu’elle n’avait encore jamais employé, puisque c’était la première fois qu’elle voulait laisser ma chemise seule sur l’étendoir.
Ainsi, moi, avec ma chemise, je parlais à la montagne. Ma chemise était un signal et prévenait « ceux de l’autre côté ».
Le choix et le montage opérés par Eva Castro témoignent d'une grande sensibilité. Elle laisse couler ces mots en cascade, des mots dont elle s'empare avec sensualité, laissant l'émotion jaillir au détour d'une phrase, d'un geste de la main, de quelques pas de danse. Un geste théâtral épuré, d'une force qui vous pénètre et ne vous lâche pas. Quand ces hommes sans scrupule hurlaient « vive la mort » en tendant le bras, Eva Castro danse la vie et la fraternité.
Marie-José Sirach. L'Humanité