Vendredi 2 et samedi 3 Décembre 2016 à 20h30:

Kaputt Spectacle compris dans l'abonnement

Fred Pougeard dans Kaputt de Curzio Malaparte. Photo Alain Julien

Récit sidérant à la beauté délirante où l'horreur et l'indigne du front de l'Est en 1914 se donnent nettement à voir et à sentir par la voix, cet ultime bien commun de notre humanité. De Curzio Malaparte, adapté par Fred Pougeard et mis-en-scène par Pascal Adam avec Fred Pougeard, comédien-conteur. Compagnie L'Allégresse du pourpre, Reims. Avec les soutiens de la Région et de la DRAC Champagne-Ardenne, du Conseil départemental de la Marne et l'accompagnement du Théâtre du Salmanazar à Epernay, de la Filature à Bazancourt, du Théâtre du Nouveau Relax à Chaumont, du Centre culturel Saint-Exupéry à Reims et de la Maison du conte à Chevilly-Larue.

Durée : 1h20

Tout public à partir de 14 ans

Editions Denoël traduit par Juliette Bertrand

Il me semble que l'ancienne loi humaine et bestiale de la guerre prenait le dessus sur la nouvelle loi de la guerre mécanique. Avec l'odeur de la jument morte, je me retrouvais comme dans une ancienne patrie, une patrie retrouvée.(C. Malaparte)

Le 09 juin 2012, l'émission “Une vie, une oeuvre”, dirigée par Matthieu Garrigou-Lagrange et diffusée tous les samedis sur les ondes de France Culture, évoquait la vie et l'oeuvre de l'écrivain italien, Curzio Malaparte (1898-1957) :

Curzio Malaparte (1898-1957) : Une vie, une oeuvre [2012]

 

"Fred Pougeard ne dit pas Malaparte : il est Malaparte. Il est le journaliste qui traine ses guêtres sur le front de l’Est, en pleine deuxième guerre mondiale, durant le terrible hiver 1941-42, et qui voit le passage de la « guerre ancienne » à la « guerre nouvelle », comme il dit, la première étant illustrée par l’odeur des charognes de chevaux morts et la seconde par celle des blindés anéantis.

Il est l’écrivain qui voit l’indicible, qui décrit « le regard mystérieux des morts », les soldats transformés en bêtes sauvages, l’officier nazi face à l’enfant partisan qui a osé le défier les armes à la main et qui dit reconnaître son œil de verre au fait qu’il est le seul où brille une lueur d’humanité.
Il est le dandy qui relate (fiction ou réalité) une rencontre avec Himmler et ses proches dans un sauna de Finlande, d’où il conclut que les allemands nus sont désarmants d’innocence adolescente et que leur peau, en vérité, c’est l’uniforme. Il est l’observateur qui conte le combat homérique entre un officier SS et un saumon dans un torrent de Laponie. Il est le philosophe qui conclut de ce voyage au bout de l’horreur qu’il a senti « l’odeur de l’Europe morte ».

Durant ce récit, on oublie la présence du conteur. On oublie Fred Pougeard tant il possède l’art d’embarquer le spectateur. On est tour à tour au front, ou dans un salon mondain, ou dans une ambassade, dans tous ces lieux visités (ou fantasmés) par Malaparte et restitués par Fred Pougeard, qui joint le geste significatif à la parole forte. On a parfois reproché à Malaparte d’avoir mélangé le vrai et le faux. Peu importe, d’ailleurs. C’est le lot de tout écrivain. Mais quand Pougeard dit Malaparte, tout est vrai."
Jack Dion, Marianne, 17 Juillet 2015

 

 

 

"Sur la scène, une chaise. Simple comme une chaise, familière comme le monde d'hier, d'un bois quelconque qui évoque peut-être ceux de la Finlande à feu et à sang, et qui prolonge insensiblement le corps du conteur avant d'imposer son insignifiance avec fracas. Sur fond noir, une lumière parfois brûlante, d’autres fois glaciale enveloppe un conte infâme et sensoriel à l'excès. Avec Kaputt, la compagnie L'Allégresse du pourpre s'est commise avec le témoignage difficilement jugeable d'un événement historique à jamais impensable : on en sort bouleversé par la force de sa sobriété."

Pierre-Henri Ortiz; Nonfiction, 11 Août 2015