enseigne ST entière finale

 

Nous avons aménagé la Station-Théâtre avec de nombreux matériaux récupérés et recyclés sur place ou à proximité (acier, bois, sièges du gradin...)Nous avons réhabilité du vieux matériel technique inutilisé plutôt que d'en acheter du neuf (projecteurs...). En cassant une partie du bitume, nous avons retrouvé la terre pour y cultiver un petit potager pourvoyeur de fruits et de légumes avec lesquels nous cuisinons les repas des artistes et des bénévoles. Nous complétons ces fournitures alimentaires par des achats à l'épicerie du bourg ou auprès des petits agriculteurs situés sur la commune. Nous boycottons le supermarché local. Pour nous procurer certains produits introuvables à l'épicerie, nous allons cependant à bicyclette au supermarché du bourg voisin qui, lui, n'ouvre pas le dimanche.

Nous avons soustrait l'usage de cette ancienne station-service à de possibles reprises d'activité polluante ainsi qu'à un projet d'aménagement urbain fortement consommateur de béton et de bitume contre lequel nous nous sommes battus pendant six ans avec une grande énergie et qui continue à susciter notre vigilance.

Nous affichons notre volonté de faire ici et non ailleurs du théâtre au détriment de l'automobile et du numérique en organisant notamment le festival de circonvolutions poétiques autour de la bicyclette "Augustes Pédales" et en privilégiant dans la programmation des spectacles de la saison l'incarnation humaine des textes grâce à la richesse poétique de la langue et du corps et non par la débauche scénographique et l'usage de technologies sophistiquées et/ou monumentales. Nous croyons en une relation privilégiée de l'acteur au texte et en sa capacité à comprendre la pensée de l'auteur sans nécessairement passer par l'autorité d'un metteur-en-scène. Nous croyons en la renaissance du rhapsode et du choeur comme incarnation de la parole de l'auteur.

Nous cultivons symboliquement cette différence dans un environnement géographique et péri-urbain fortement défiguré par les grandes surfaces commerciales et le réseau routier. Nous recherchons la nature noble et lente de la pensée et de la poésie contre la frénésie consumériste du loisir et du divertissement.

Nous partageons un abonnement d'électricité d'une puissance limitée à 9 Kw en monophasé avec le propriétaire qui vit dans le même bâtiment. En concertation avec les compagnies, nous adaptons les plans de feux à cette puissance limitée. Nous n'avons pas participé au pillage des ressources naturelles de pays africains en achetant des panneaux solaires fortement consommateurs de terres rares ni en installant une VMC double flux. Nous n'empêchons pas à nos spectateurs de contempler les étoiles à la sortie des représentations en les aveuglant de lumière artificielle.

Le directeur effectue, été comme hiver, la majeure partie de ses déplacements à bicyclette (rendez-vous professionnels, tournées mensuelles d'affiches et de tracts dans un rayon de 20 km autour de la Station-Théâtre). Pour des distances plus importantes (repérages à Avignon et ailleurs) nous choisissons le train mais nous préférons cependant partager l'émission de CO2 en faisant du co-voiturage plutôt que la consommation nucléaire du TGV. Les hébergements au cours des déplacements sont recherchés chez l'habitant et non dans des hôtels de périphérie accessibles par une voierie démesurée et bâtis sur des terrains dont les agriculteurs ont été récemment spoliés. Nous ne rechignons pas à faire du camping l'été mais pouvons aussi accepter de dormir dans des hôtels 2 étoiles même s'ils ont été déclarés « pourris » en public par un directeur d'institution.

Nous ne participons pas aux grands messes de green washing sportives ou pseudo-culturelles organisées dans la région par les entrepreneurs locaux avec le soutien des multinationales. Nous ne ramassons pas les papiers gras éventuellement laissés par nos spectateurs sur la chaussée.

Nous ne choisissons pas les spectacles que nous programmons en fonction de leur succès médiatique, populaire ou institutionnel. Nous ne répondons pas aux exigences de mise en scène des caméras de télévision, quitte à les refouler.

Nous croyons en la vertu du courage, de la singularité, de la beauté et de la révolte. Nous croyons à un partage de l'exigence artistique et de l'engagement poétique avec le public. Nous croyons qu'il faut libérer l'homme contemporain de sa soumission à la mode, de son déni des émotions et de sa paresse à penser. Nous nous révoltons d'être sommés de choisir entre le facisme réactionnaire et le libertarisme capitaliste.