LA STATION-THÉÂTRE

LE MENSONGE DU SINGE Les Vendredi 17 et Samedi 18 janvier 2020 à 20h

Annonce audio des représentations du Mensonge du singe à La Station théâtre

 

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VENDREDI 17 ET SAMEDI 18 JANVIER 20H

 

 

 

 

LE MENSONGE DU SINGE

 

Compagnie du Phoenix, Cormelles-le-Royal (14)

 

 

 

Texte et mise en scène de Christophe Tostain

 

avec François-Xavier Malingre

  

A partir de 16 ans / Durée : 1H

 Spectacle compris dans l'abonnement Fol entresol 

avec les soutiens des CDN de Poitiers, Théâtres de l'Archipel et Mega Pobec, Villes de Cormelles-le-Royal et Bayeux

 

 

Une zone pavillonnaire. Ce pourrait être la prochaine construite à La Mézière, ou dans ces autres banlieues périurbaines où les classes sociales se diluent dans un mode de vie standardisé entre l'hyper centre commercial, les réseaux routiers et les services à la petite enfance. Un homme immobile trône dans le vide de sa maison. En repli individualiste et défensif, cet homme est paralysé par les monstres de l'hyperconsumérisme, de la pression écologique, de la violence urbaine, de l'enlaidissement des entrées de ville, de la peur, de l'isolement, du vide culturel et de l'ennui. Il soliloque en misanthrope et se projette au-delà du périphérique où quelque chose va l'accomplir enfin en tant qu'homme...

 

L’interprétation est intense, son voyage immobile nous embarque totalement. La limite entre la réalité et l’imaginaire se brouille, la tension monte. Ce seul en scène relève d’une performance époustouflante sous-tendue par une mise en scène d’un esthétisme et d’une recherche plastique rares. Les postures du personnage, les éclairages finement élaborés offrent au regard des tableaux fascinants évoquant notamment l’œuvre de Bacon. On voit surgir sur scène Le pape assis de Velasquez repris par Bacon en train de hurler. Du théâtre de haut vol ! Aurore Jesset, Les Arts et les mots, juillet 2018

Extrait :

« ...

quand je plonge dans les abysses de mes paysages intérieurs

j’atteins une passerelle tendue vers forêt noire d’encre où se tapissent des loups invisibles

là-bas

dans cette forêt

il n’est plus possible de commettre un soupçon de rêve

ce qui m’attend

là-bas

dans cette forêt

enfonce mes souvenirs dans la terre comme des arbres morts »

 

Extraits en vidéo par la Compagnie

 

 


LA VERITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE Les Vendredi 31 janvier et Samedi 1er février 2020 à 20h

20

  VENDREDI 31 JANVIER ET SAMEDI 1ER FEVRIER 20H

 

 

LA VERITABLE HISTOIRE DU CHEVAL DE TROIE

D'après L'Enéide de Virgile

traduite par Paul Veyne

 

 

Adapté et mis en scène par Claude Brozzoni 

Compagnie Brozzoni, Annecy

 

  

avec Guillaume Edé au jeu et au chant 

et Claude Gomez à l'accordéon

 

 A partir de 9 ans / Durée : 55 minutes

 avec le soutien de Bonlieu Scène Nationale d'Annecy  et de la Spedidam

Compagnie conventionnée par les DRAC et Région Auvergne Rhône Alpes et la Ville d'Annecy, soutenue par le département de la Haute Savoie

  

La véritable histoire du cheval de Troie n’a-t-elle pas commencé quand la guerre a pris fin ? Une cité détruite, ses habitants massacrés et l’exode. Un exilé justement raconte. Il sait de quoi il parle : lui et son peuple attendent un accueil qui ne vient pas. Sa voix grave et éternelle enflamme le récit de Virgile. Dans ses chants, l’espoir renaît malgré la douleur et l’errance. Le comédien et chanteur et l’accordéoniste mêlent leur souffle à la poésie du texte. Se joue alors l’histoire intime des tragédies épiques. Une histoire forte, contrastée, toujours saisissante.

 

L’élégance de la simplicité! Telle est la marque de ce spectacle qui nous livre la véritable histoire du cheval de Troie par la voix d’un messager, le correspondant d’une guerre antique qui hélas fait écho aux guerres d’aujourd’hui. (…) Sur leur beau tapis d’orient, l’aède et le musicien captivent les spectateurs avec une histoire d’autrefois qui parle de la nôtre, soulevant avec délicatesse les rideaux de nos mille et une nuits ! Evelyne Trân, Théâtre au vent, juillet 2018

 

Un spectacle miraculeux, poignant et vivifiant, d'une justesse et d'une générosité évangéliques... Danièle Carraz, La Provence, juillet 2018

 

Extrait :

 

« Ils sont en fuite depuis longtemps –plusieurs années. 

... 

Mais les autres, le plus grand nombre, sont restés sur les bateaux, ils y sont encore, le rivage les effraie. Vous pouvez les reconnaître à leurs grands yeux écarquillés, à cette façon de tressaillir au moindre bruit, de ne se déplacer qu’en groupe, de ne s’attarder nulle part. 

Ils voient des Grecs partout. 

Un dieu les hait, les pourchasse, voudrait voir leurs navires brisés et leurs cadavres épars sur la mer.»

 

 Vidéo de présentation du spectacle

 

 

14-01-20

Le Tricycle de Gwenael De Boodt le Jeudi 6 février 2020 à 18H30

 

Le Tricycle

 

  Jeudi 6 février 18H30

Le Tricycle

de Gwenael De Boodt

 A partir de 16 ans. Gratuit sur réservation.

Amélie Vignaux et Hassan Tess, plus connus à La Station théâtre sous les noms de M. Jean et Mme Jeanne pour leurs spectacles burlesques Antigone Couic Kaput, L'Homme Poubelle et Ys, se sont adjoints l'auteur du Tricycle pour en donner une lecture.

Dans cette farce érotico-vélocipédique de Gwenael De Boodt s'étreignent, se frictionnent et s'unissent foisonnement du verbe, cacophonie polysémique, abondance, fourmillement et fécondité poétique de la langue. Son opulence dansera dans les voix de ce trio qui suera sang et eau pour nous faire jouir en pédalant. Prête à nous brosser le portrait et à monter en épingle les plus sadiques de nos vices, cette satire à la réalité tirée par les cheveux nous en fera des blancs.

 

Extrait :Elle : « Hihihihi !!!! Arrêtez ! Cessez de me chatouiller !

Le postier : Il faut bien que je vous écrive...

Elle : Oui, mais vous allez trop vite. Et les préliminaires ? Hihihi !!!

Le postier : Allons donc, ne faites pas l'ingénue : ce sont les préliminaires.

La lettre : Hihihihi ! Je vous répète que vous me chatouillez !

Le postier : Vous vous excitez trop vite. Vous avez les nerfs à fleur de papier.

Détendez-vous ! Mollissez un peu sous la mine ! »

 

 

 

20-12-19

ENTRETIEN AVEC JOËL JOUANNEAU LE 7-12-19

Entretien avec Joël Jouanneau, mené par Gwenael De Boodt et Hannah Le Vern

à La Station théâtre, à La Mézière, le Samedi 7 décembre 2019

 

Il est 16 heures quand les protagonistes s'installent dans le salon-cuisine du directeur, dont le logement est attenant au théâtre et où Joël Jouanneau a sa chambre, avant la seconde représentation de La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France par Joël lui-même et le musicien Pierre Durand.

Joël prend place dans une bergère. Hannah, s'assoit à sa droite, dans un fauteuil plus mâle. Gwenael, lui, fait face à Joël, sur le canapé. Marion est en cuisine où elle prépare discrètement le Bortsch pour le dîner qui réunira, après la représentation, le comédien, le musicien et toute l'équipe du théâtre constituée de 2 salariés et de 4 bénévoles ce soir-là.

 

Tout au long de l'entretien, on entend de petits bruits de casseroles et d'ustensiles de cuisine. Le bruit de l'eau, parfois, tirée au robinet, et du couteau qui hache. Au fur et à mesure de la cuisson, une odeur enveloppe toutes choses dans la pièce. Gwenael se lèvera une fois pour décrocher le téléphone et enregistrer une réservation.

  

 

 

 

Joël : Moi j'ai, à cinq heures et demi...

 

Gwenael : Toi, tu as à cinq heures et demi... Et moi c'est que pendant l'entretien, si j'ai des appels, c'est des résas, faut que...

 

Joël : Et bien tu vas un petit peu plus loin...

 

Gwenael : Donc, j'irai plus loin, j'irai décrocher et parler là-bas. D'accord ?

 

Joël : D'accord.

 

Gwenael : Je voulais juste prendre un stylo, quand même, pour noter deux, trois trucs si jamais...

 

Marion : C'est parti l'enregistrement !

 

Gwenael : Ah oui !

 

Marion : Non mais ce n'est pas grave, je dis juste que c'est parti.

 

Joël : Comme ça dans le verbatim on aura tes atermoiements sur ta présence ici ! (Rires)

 

Gwenael : On ne les laissera pas !

 

Joël : Ah ça, je ne sais pas, c'est un verbatim...

 

Gwenael : Ah oui c'est un verbatim, normalement oui, d'accord. Ok, ok, ok !

 

Joël : (Rires) Allez...

 

Hannah : Joël Jouanneau, vous êtes en résidence à La Station théâtre, une résidence à l'issue de laquelle vous donnez deux représentations de La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France le Vendredi 6, soit hier soir, et le Samedi 7 décembre, ce soir. Le poème de Blaise Cendrars donne son nom au spectacle, à cette véritable oeuvre théâtrale, scénique, corporelle, pour laquelle vous collaborez avec le compositeur et musicien de jazz et blues Pierre Durand. Ce qui m'intéresse tout particulièrement c'est que ce spectacle signe votre retour sur scène, une présence sur le plateau qui s'est faite plutôt rare lors de votre carrière, vous que l'on connaît plutôt en tant qu'auteur, metteur en scène, pédagogue. Ma première question, c'est : « Qu'est-ce qui vous a poussé à revenir sur scène? »

 

Joël : C'est un vieux pari que j'ai fait avec moi-même, mais un très vieux pari puisqu'il remonte au moment où j'étais encore amateur et, donc, je me donnais les premiers rôles au théâtre avec mon équipe qui s'appelait le Théâtre du Grand Luxe, le Collectif du Grand Luxe. Je jouais les premiers rôles et entre la musique intérieure que j'entendais, entre ma voix intérieure et celle que j'entendais une fois qu'elle était extérieure, je sentais de plus en plus comme un malaise. Je ne me reconnaissais pas dans cette voix, je la voulais sans doute plus grave, je ne sais pas. En tout cas, toujours est-il qu'à un moment donné, c'était une chose qui me déplaisait au point que j'ai décidé de ne plus faire que des petits rôles autour et m'intéresser donc plus à la mise en scène que je faisais de toute façon, mais du coup j'ai pu aussi établir mon travail de metteur en scène et quand mes amis m'ont demandé pourquoi je ne me donnais pas les rôles principaux comme d'habitude, j'ai vraiment dit cela. J'ai expliqué que ma voix intérieure et ma voix extérieure n'étaient pas la même, et c'est la voix aux deux sens du terme, c'est aussi V O I E, pas seulement V O I X, et que j'espère un jour pouvoir faire se rejoindre ces deux choses-là, l'intérieur et l'extérieur. Et, en fait... après j'ai quand même deux ou trois fois été sur scène en professionnel mais uniquement parce que des comédiennes étaient tombées malades, par exemple j'ai joué dans Godot au Piccolo Teatro de Milan, donc ce n'était pas rien comme expérience pour moi. Je faisais le rôle de Pozzo et, encore une fois, quand j'ai fait Pozzo, je maquillais ma voix, je l'aggravais mais je l'aggravais un petit peu techniquement, voilà. A ce moment-là, il se trouve qu'il y avait un acteur magnifique avec qui je travaillais depuis plusieurs années, un acteur britannique, David Warrilow, avec qui j'ai fait sept ou huit spectacles, on n'a pas arrêté pendant sept ans de travailler ensemble jusqu'à sa mort finalement. David me disait : « Mais pourquoi tu forces ? Pourquoi tu aggraves ta voix? Ta voix est très belle. » Il m'a redonné confiance dans ma voix et je lui ai dit : « Un jour, je crois que je reviendrai au moins une fois sur scène quand je serai d'accord avec cette voix, quand je sentirai que ma voix c'est moi. » Après, quand j'ai arrêté... Quand j'ai commencé à me mettre un peu en retrait à Port-Louis, j'ai commencé à faire des lectures à voix haute sans aucun problème. Je m'apercevais que j'étais en accord de plus en plus avec ma voix. Ensuite, cela a été l'histoire d'un défi, c'est-à-dire de me dire moi qui ai fait beaucoup de monologues, qui ai mis en scène beaucoup de monologues au théâtre, tant sur des textes de Pinget, que de Beckett, que de Kertész ou dernièrement de Eric Chevillard... Je me disais que j'aurais bien voulu, peut-être mieux comprendre de l'intérieur ce que cela représente pour l'acteur que d'apprendre ces textes-là puisque je suis assez exigeant sur ces textes-là. Quand je travaille avec un acteur c'est pour aller au bout, pour moi, vraiment, d'un travail. Pour moi, vraiment, la mise en scène, je la fais là, c'est-à-dire sur la ponctuation, le temps... Donc est-ce que ce que je réclame aux acteurs, je suis capable de me le donner à moi-même ? C'était aussi cela ce pari. Donc j'ai déjà eu un temps d'apprentissage très long, mais qui a été pour moi tout à fait passionnant. C'est comment... j'avais oublié ce que c'est d'apprendre un texte et j'ai passé donc...je m'y suis pris assez tôt. C'est quatre mois de travail et puis surtout c'est ces deux derniers mois avec des italiennes tous les jours en marchant. J'ai commencé à beaucoup comprendre, à ce moment-là, ce qui se passe de l'intérieur quand on est habité par la langue d'un autre. Et après...et bien je ne sais pas, c'était ce défi. Ce défi, je l'ai concrétisé hier et ça a vraiment été un moment, même si j'ai eu un ou deux moments un petit peu compliqués pour moi... J'étais vraiment très très heureux d'avoir fait ce défi et de l'avoir, en tout cas, en grande partie réussi, c'est-à-dire de pas... Il faut savoir aussi que, ce qui m'a fait venir au théâtre c'était quand j'étais dans une colonie de vacances et que c'était dans les Alpes, il y avait des groupes de théâtre enfant, on m'avait donné le rôle principal. Donc je devais faire le guide et il y avait des enfants qui jouaient sous les couvertures, qui faisaient des montagnes mouvantes et moi je faisais visiter devant tous les parents les différents cols puisque c'était une colonie de vacances où l'on apprenait des choses un petit peu bêtes : « A Megève, je rêve » des slogans comme ça... et donc je faisais visiter les Alpes devant les parents avec les couvertures, j'avais appris mon rôle par cœur et ça s'était bien passé. Puis le jour de la représentation, je n'ai pas pu dire un mot. Mais pas pu un mot. J'ai vu que ça s'agitait sous les couvertures et les parents aussi.. J'ai vu le moniteur venir vers moi et me dire « Joël... », il me donnait le début de la phrase, et puis, rien n'est venu. Je n'ai rien sorti. J'ai vu cet homme aller pleurer après...ce moniteur aller pleurer. J'étais triste pour lui et en même temps je n'y pouvais rien et je crois que le théâtre ça a été aussi pour moi un des moyens de surmonter ce qui s'était passé ce jour-là. J'ai toujours, j'ai toujours derrière moi la mémoire de ça, la mémoire de très très loin, d'avoir été incapable de dire un mot sur un texte que je connaissais parfaitement. Hier j'ai évidemment pensé à ces moments-là.

 

Hannah : Vous parliez tout à l'heure d'avoir eu du mal à trouver une certaine unité par rapport à ces deux voix, est-ce que le texte poétique, justement, et notamment celui de Blaise Cendrars, cela vous est apparu comme une évidence...la poésie en général, pour essayer de retrouver une unité entre tout cela, dans vos lectures et puis là dans le choix de revenir sur scène avec ce texte-là ?

 

Joël : C'est-à-dire que la première expérience que j'ai faite avant ce texte-là d'un long texte c'était de lire à voix haute avec un ami Une Saison en Enfer de Rimbaud, après l'année du bac, en hypokhâgne à Saint Denis. Plutôt que de rendre... on nous demandait un commentaire d'Une saison en Enfer, j'avais à ce moment-là avec cet ami... On avait dit « On va pas faire de devoir, on va pas commenter Une Saison en Enfer, on va essayer de le dire à voix haute, très bien » tout simplement et qu'il n'y avait pas de commentaire à faire. C'était à la fois une petite escroquerie pour pas trop travailler mais en même temps un vrai échange entre nous deux et, il se trouve que j'ai eu cette chance que cette femme était elle-même femme d'un poète, Albert-Birot, et qu'elle m'ait mis dix-sept. Elle nous a mis dix-sept. J'ai trouvé cette expérience, je l'ai gardée, mais c'est vrai aussi que ce poème m'habitait vraiment puisque que je suis parti en Algérie, j'ai été faire l'expérience de Rimbaud, du Hoggar pour comprendre aussi le «  silence du désert » et des choses comme ça. Cendrars c'est pareil, c'est-à-dire que j'ai pu le faire parce que c'est un texte qui me brûle, La Prose du Transsibérien, sa poésie en général me brûle. Je suis brûlé, c'est-à-dire que derrière on sent une telle nécessité intérieure d'écrire sans se préoccuper de savoir si ça plaît ou pas mais d'être lui-même c'est-à-dire avec, y compris, ses parts d'obscurité, ses parts de lumière, ses mensonges, ses vérités mais d'être entièrement habité et d'accepter d'être habité par la langue.C'est-à-dire que je crois que Cendrars, quand il fait cela, quand il écrit La Prose du Transsibérien, je ne sais pas, je ne peux pas le dire le temps que cela a demandé pour l'écriture de cela, je n'en sais rien, puis je ne sais pas si c'est important, c'est plutôt comment moi je le reçois. Moi je l'ai reçu comme quelqu'un qui consumait quelque chose en lui qui avait été extrêmement violent et extrêmement grave. En plus c'est vrai que c'est un texte de jeunesse comme pour Rimbaud, et donc dans ces cas-là je pense à mon expérience aussi de journaliste au Liban, à Gaza et je sais que j'ai été brûlé comme ça d'une autre manière, d'un autre voyage. C'était un voyage beaucoup plus contemporain que le sien et je pense que d'une certaine manière il a écrit ce que j'aurais bien aimé écrire, tout simplement et qu'il l'a fait en quatorze pages. Il a dit ce qu'est une vie, ce qu'est une vie vraiment, avec l'obscurité, la lumière qui sont là, toujours, à mettre en évidence et surtout une radicalité, une volonté d'être entièrement en accord avec lui-même, y compris dans le mensonge, y compris dans le mensonge. On sait bien que ce voyage est plus ou moins vrai ou faux, on ne sait pas, lui-même... Je sais que moi en tout cas j'ai fait le voyage, j'étais immobile mais pendant quatre mois j'ai été dans le Transsibérien, vraiment, j'ai habité cette langue. Quand on habite la langue d'un poème, on est le poème tout simplement. On est le poème, j'ai le sentiment de me cacher, d'être à la fois complètement nu et en même temps d'être caché par ce poème parce que je ne suis que le poème. J'essaie d'être le poème et, dans un premier temps, d'ailleurs, quand on apprend on paraphrase un peu. J'ajoutais des mots, donc tout le travail après a été de les enlever petit à petit pour arriver à la pureté du poème. Il y a encore une ou deux lignes où j'ai ajouté mais là je les ai choisies, je me donne le droit de mettre un tout petit mot à place d'un autre parce que je le sens plus intime pour moi. C'est vraiment, ça représente huit syllabes sur cent mille.

 

Gwenael : Tu dis qu'on ressent dans ce poème de Cendrars comme, dans j'imagine Une Saison en Enfer, la nécessité intérieure d'écrire. Tu dis cela, donc ça rejoint ta préoccupation d'auteur aussi ça, d'écrivain. Ça rejoint ta préoccupation d'écrivain. Est-ce que par rapport, justement, à ta voix intérieure et ta voix extérieure, est-ce que finalement ta voix intérieure de comédien ce n'est pas aussi ta voix intérieure d'auteur ? Est-ce que, justement, le comédien, l’interprète que tu es, quand tu dis le poème de Cendrars que tu as appris par cœur ou quand tu as dit avec ton collègue Une Saison en Enfer de Rimbaud, est-ce que c'était pas justement une façon de t'approprier en tant qu'auteur une œuvre que, tu l'as dis même... une œuvre que tu aurais voulu toi-même écrire ? Est-ce que la voix intérieure, justement, la voix intérieure, finalement, c'est celle de l'auteur tout le temps ? Même quand t'es comédien ?

 

Joël : Alors ça je ne peux parler que de cette expérience. Ce que je sais... je n'ai jamais été Cendrars, j'ai toujours été à l'intérieur du Transsibérien avec les mots de Cendrars. Ce qui est vrai quand tu dis l'auteur en même temps que l'acteur, je ne me sens pas comme acteur quand je fais ce que j'ai fait hier. Je suis vraiment un lecteur. De même que quand j'écris, je lis. De toute façon, je fais partie sans doute de ces auteurs qui ont besoin de lire pour écrire. Je n'arrête pas d'écrire. J'ai découvert à l'internat le livre comme un refuge face à la cruauté et adulte et enfant. C'est cet objet-là, le livre qui m'a toujours servi de refuge mais aussi de bouclier, c'est-à-dire que c'est à la fois une protection et une arme pour moi, un livre. Et un poème encore plus. C'est pour ça que aussi bien Une saison en Enfer, mais il y a aussi L'époque des illuminés de Michaux, que je pourrais citer, j'aime bien les textes, qui, en même temps, impliquent une énergie intérieure forte comme quelque chose de...

 

Gwenael : D'organique.

 

Joël Jouanneau : D'organique voilà, où je sens le mot comme de la terre. J'ai besoin de cet archaïsme-là de la langue, d'être habité par la langue. Quand j'écris, je trouve ces moments-là aussi quand je les écris puisque, en général, je ne peux pas les lire à voix haute mes textes, je ne les lis qu'intérieurement et jusqu'à ce que j'entende la vraie musique. A un moment donné, je lisais tout à l'heure de Mallarmé « Ce vieux et méchant plumage, terrassé, heureusement, Dieu », moi j'ai mis malgré moi « Dieu, ce vieux et méchant plumage, heureusement, terrassé. » (Rires) Mais c'est parce que je le mettrais sous cette forme là parce que je n'ai pas été croyant alors que lui l'a été donc je comprends pourquoi il ne peut pas dire avec la brutalité... puisqu'il en a beaucoup souffert, quand même, de ça. Donc, moi, Cendrars c'était pour moi aussi un moyen de parler du monde d'aujourd'hui, vraiment. Ça, je le dis, je trouve que ce texte-là, il parle tellement de ce qui se passe dans notre monde aujourd'hui quand même. C'est la brutalité du monde d'aujourd'hui, y compris dans le rapport qu'il a avec cette petite prostituée dans le transsibérien mais surtout tout ce qu'il voit derrière les vitres et ce qui se passe à l'intérieur du wagon, les haltes. Je trouve que c'est d'une contemporanéité aujourd'hui incroyable.

 

Hannah : C'était ce que vous avez fait hier, en fait, vous parliez de cette envie de se mettre entièrement au service de la langue et donc cela s'est imposé directement de jouer cela plutôt comme une lecture, pour être entièrement dédié à la poésie de Cendrars ?

 

Joël : Oui, en même temps c'est assez étonnant, parce que quand on voit l'homme Cendrars, quand on connaît sa biographie, un petit peu et qu'on voit l'homme qu'il est, entier comme ça. On a le sentiment qu'on va avoir une voix comme une sorte de voix d'outre tombe, une voix solide et en fait la voix de Cendrars, comme celle de Faulkner, c'est très nasillard, c'est très nasillard. Ce n'est pas du tout une voix...

 

Gwenael : Une voix d'ogre...

 

Joël : pas une voix d'ogre, du tout. Et moi je pense qu'il y a un ogre derrière Cendrars, j'essaie de le donner ça, j'essaie de le donner avec ma voix. J'accepte totalement ma voix, j'ai pas une voix... J'ai compris que la gravité c'était un problème intérieur et que ce n'était pas uniquement d'aggraver, d'aggraver, de trouver les voix graves, les voix basses. C'est un problème de gravité intérieure, du rapport entre la gravité et la légèreté. C'est un chemin normal.

 

Gwenael : C'est quelque chose que tu as expérimenté aussi en tant que directeur d'acteurs avec d'autres comédiens, tu as su que l'illustration, par exemple de la violence, n'était pas le fait de déchaîner la gestuelle sur scène, qu'elle pouvait être intérieure. Là, il y a aussi tout un apprentissage qui vient de ton expérience de metteur en scène, sûrement.

 

Joël : J'avais besoin de Pierre pour faire ce voyage. Je ne l'ai fait qu'en sachant qu'il y avait Pierre près de moi parce que ça donne en même temps... c'est une autre musique mais qui donne beaucoup de liberté aux lecteurs comme j'espère lui donner beaucoup de liberté, c'est un véritable échange qu'on a. On a eu la chance ici de pouvoir travailler, de faire une vraie performance puisque pendant deux jours, on a vraiment tenté, chacun dans la liberté de l'autre, d'avancer, de faire des choix, de s'accompagner l'un l'autre et au moment où sur scène on l'a lâché, ce que je ne savais pas... Moi j'ai vraiment vécu un moment très heureux hier, tout simplement parce que j'ai appris quelque chose de moi que je ne savais pas. Ce plaisir-là, je ne l'avais pas eu... sans doute peut-être quand j'ai commencé à faire du théâtre comme acteur mais ça c'était un bonheur narcissique tandis qu'hier ce n'était pas ça du tout, du tout. Aucun ego n'est entré là-dedans...non, c'est un voyage intérieur comme cela, une acceptation de moi, de ce que je suis, de le remettre au service d'une langue qui m'habite et puis avec un homme, qui, lui, à côté de moi, habite sa musique de la même manière. Il la vit sa musique. Ce n'est pas rien ce qu'il fait musicalement, il a du corps quand il joue, il a du corps quand il joue, plus que moi presque je dirais.

 

Hannah : Moi ce qui m'intéressait c'était aussi votre rapport à la poésie, puisque j'ai vu qu'il était plus aisé de trouver des informations sur vous concernant votre rapport au théâtre, ou notamment au roman. Dans votre œuvre Post-scriptum, vous parlez de L'Homme qui rit, par exemple. Mais concernant votre rapport à la poésie, on trouve peu de choses. Pourtant, vous tenez ce que vous présentez comme un blogue poétique avec d'autres auteurs qui sont artistes d'ailleurs, Jean Rio, Gaston Guldner et Francis Rollet. Dans votre page de présentation qui sert de préface à l'ensemble des articles que vous rédigez, qui sont regroupés dans une section intitulée « Les Herbes folles », vous écrivez : «  Si j'écris très peu de poèmes, j'en lis chaque jour et ce blogue est pour moi un journal de ces herbes folles que sont ces lectures. » Moi, j'aimerais savoir quels sont vos auteurs favoris ? Vous citez Jaccottet, Joseph Chérel, Cendrars évidemment. C'est vrai que l'on a envie d'en savoir plus.

 

Joël Jouanneau : Là vous parlez d'un site qui a été fermé. Il y avait trois poètes qui étaient des amis, qui étaient, entre eux , amis, qui étaient Gaston Guldner, Francis Rollet et Jean Rio qui aime aussi dire des poèmes. Les deux autres n'en disent pas et ils n'ont pas du tout de voix pour dire des poèmes, ils en écrivent. En fait, c'est eux qui m'ont demandé, parce qu'ils me voyaient lire des poètes, ils m'ont demandé de participer à leur blogue. Mais si on a arrêté, c'est parce que j'étais le seul à écrire. Ils n'écrivaient pas de poèmes, ils avaient arrêté d'écrire des poèmes. Ils ne publiaient pas donc au bout d'un temps j'ai dit « Moi je ne peux pas continuer. » Ils ont compris, eux aussi, très bien donc ils ont fermé le blogue. Par contre... C'est un projet que j'ai... c'est un projet que j'ai de faire mon histoire de la poésie, ma propre histoire, une histoire personnelle de la poésie. Je lis effectivement beaucoup de poésie mais j'avais envie surtout de raconter le chemin de Emily Dickinson et le chemin de Walt Whitman, deux américains, un qui est dans le lyrisme je dirai presque hugolien et l'autre, qui, à la même période, est vraiment déjà rimbaldienne. Dickinson c'est une rimbaldienne. (J'avais envie) de montrer comment ces deux chemins-là de la poésie, on les retrouve tout au long de l'histoire de la poésie.... Depuis le début, entre les fragments d'Héraclite et puis Eschyle de l'autre côté, on a déjà ces deux choses-là, ces deux axes qui sont très proches l'un de l'autre et qui s'électrisent l'un et l'autre. J'avais très envie d'écrire cela et d'écrire, par exemple de savoir comment Rimbaud écrivait tel vers alors qu'Emily Dickinson écrivait tel autre vers à des milliers de kilomètres et sans le savoir. La poésie, pour moi, c'est ça, c'est-à-dire comment des gens peuvent communiquer au travers des vers quelle que soit leur origine, quel que soit....

Après, mes auteurs, j'ai des auteurs effectivement qui m'habitent, sur lesquels je reviens sans cesse, Cendrars et Michaux... Finalement, la poésie de Cendrars, elle est très limitée. Il n'y a pas vingt-cinq tomes. C'est un romancier d'abord, c'est un bourlingueur. Mais ses poèmes sont tous vraiment... Ils racontent une autre chose de la poésie. Ils désaxent la poésie et nous donnent une liberté à l'intérieur de cela, qui est très éloignée, disons à l'opposé de Mallarmé par exemple, puisque j'aime beaucoup, beaucoup, beaucoup Mallarmé. Je suis toujours entre ces deux axes là, j'y serai toujours. J'aime évidemment toute la Beat Generation, j'ai évidemment été complètement habité par Kerouac, par Ginsberg, Burroughs... Tous ces gens-là m'ont profondément habité, mais de l'autre côté Dickinson, qui est plutôt proche de Mallarmé par exemple...Moi, Dickinson, je la retraduis pour moi. Ce n'est pas parce que je trouve que c'est mal traduit, c'est vraiment très bien traduit par Claire Malroux. Mais j'aime bien prendre un petit Dickinson un matin puis le faire en français. Je pense que c'est une autre manière d'écrire de la poésie parce que moi j'en écris très très peu, mais je n'arrête pas d'en lire. Là, par exemple, je lis Anise Klotz... qu'est-ce qu'il y a dernièrement, Franck Venaille ! C'est un frère pour moi, c'est quelqu'un... J'ai toute l'oeuvre de Venaille chez moi et je ne me lasse pas de la retrouver, de la redécouvrir. Henri Michaux, c'est le continent principal pour moi, c'est sûr.

 

Gwenael : Pierre Albert-Birot, justement, puisque c'est son épouse qui t'a...Il fait partie des poètes qui t'ont ?

 

Joël : Non, j'ai connu, j'ai lu la poésie de Pierre Albert-Birot parce qu'on savait que c'était sa femme qui était notre... Lui c'était un petit bonhomme et elle c'était une femme géante, comme ça, c'était impressionnant, elle était impressionnante. Elle fait partie des gens qui nous ont vraiment initié à la poésie moderne, y compris celle d'Albert-Birot. J'avais, en plus, en classe de philo comme professeur, Jean Marcenac, qui, lui aussi, fait partie d'une anthologie poétique, la même que Pierre Albert-Birot. Ils sont dans le même livre d'ailleurs mais Marcenac a été un peu écrasé parce qu'il était en même temps secrétaire d'Aragon. Il était un peu écrasé par la présence d'Aragon. Mais c'est pareil, je dirais que... J'aime beaucoup aussi la poésie sonore, je suis vraiment très ouvert à toutes les formes de poésie. Je suis un inconditionnel de Tristan Tzara.... de toute la 'pataphysique, de tout ce monde-là parce que c'est tellement à la fois grave et ludique. C'est là que la gravité et la légèreté... On oublie que ces gens, ils sortaient de la guerre et que l'implosion du sens par le dadaïsme pour moi après la première guerre mondiale a un équivalent dans la deuxième avec Beckett et tous ceux-là... C'est-à-dire que l'Histoire a fait imploser le sens, donc comment on écrit derrière ? Comment on écrit derrière quand il y a de telles catastrophes ? La réponse de Dada était de dire « puisque le sens implose, allons-y ! » Donc on fait voler les sonorités, on fait voler le sens mais on en retrouve derrière. Moi, Tzara, je pourrais le mettre en ordre mais j'en vois vraiment pas l'intérêt, ça serait vraiment lui enlever toute sa... Mais le mouvement dadaïste, tous ces gens-là sont de très beaux... de très très belles choses. Après, Tsvetaïeva, les russes, il y a Khlebnikov. Khlebnikov chez les russes. C'est extraordinaire Khlebnikov.

Mais en France, j'aime bien, je pourrai citer... non, je la ferai mon anthologie personnelle, mais c'est vrai que je butine de la poésie dès que je peux. J'ai une manière de lire qui est toujours... Un livre de philosophie ou un essai, du roman mais il faut que ce soit vraiment très solide parce qu'autrement je n'aime pas du tout le romanesque tel qu'on l'entend souvent, ça m'ennuie, et puis la poésie. Je vais tous les jours un peu entre ces trois choses-là. Je butine, je butine.

 

Hannah : Vous disiez que vous écrivez peu de poésie. Est-ce que je peux vous demander pourquoi vous en écrivez peu ?

  

Joël : Parce que je n'ai écrit que du théâtre. Ca, on me demande souvent, on m'a souvent demandé, quand je vais dans les classes etc... On me dit « Pourquoi vous écrivez du théâtre et pas du roman ? » On ne me dit pas de la poésie, on ne me demande pas pourquoi j'écris pas de la poésie mais pourquoi je n'écris pas un roman. Alors je suis obligé de dire aux enfants, ou aux grandes classes même quand je vais en terminale, de leur rappeler quand même que la poésie a, de très loin, précédé le roman, que le roman est arrivé très très tard dans l'histoire de la littérature... qu'à mon avis, la poésie survivra largement au roman si le roman devait s'éteindre un jour, ce dont je ne suis pas sûr contrairement à ce que disent beaucoup. Mais je suis sûr que la poésie sera toujours, toujours... et le théâtre aussi. C'est-à-dire que le théâtre, au début, est né de la poésie aussi. Il est né dans la poésie, dans le poème. Pour moi, quand on me dit que je n'écris pas de poésie, alors c'est vrai que j'ai écrit trois poèmes. J'en ai écrit à dix-sept ans mais j'en ai gardé qu'un. Autrement j'ai écrit trois poèmes que j'assume pleinement et le reste, je considère vraiment qu'en dehors de ma première pièce Mamie Ouate en Papoâsie et de L'Adoptée, toutes mes autres pièces pour enfants pour moi sont des poèmes. C'est de la poésie, pour moi. Vraiment. Je leur dois cela, aux enfants, parce que je peux jouer avec les voyelles, faire voler les mots. Je peux faire des ellipses, ils ne se posent pas de questions. J'essaie au théâtre de faire la même chose, alors il y en a où je crois avoir réussi, qui sont très poétiques pour moi, qui sont comme des poèmes dramatiques. Quand on lit Par les villages de Peter Handke, c'est un grand poème. Claudel aussi. C'est de la poésie. Moi je ne me mets pas au niveau de ces immenses auteurs mais j'ai essayé. Je pense qu'il y a quatre ou cinq pièces où je m'approche vraiment du poème. Voilà ce que je peux dire.

 

Gwenael : Et justement, aujourd'hui, parmi les auteurs dramatiques d'aujourd'hui, est-ce que tu te sens en fraternité d'écriture dans ta sensibilité et ton approche poétique de l'écriture dramatique ? Est-ce que tu te sens en fraternité avec d'autres auteurs et lesquels, si ce n'est pas indiscret ?

 

Joël : Je peux dire que les auteurs que j'ai défendus au théâtre, pour moi, c'est très souvent des poètes. Mais d'une autre manière, Jacques Serena, ses textes sont vraiment dans le cambouis de la vie, ils sont vraiment inscrits dans le cambouis des mots, dans la dureté du social, du verbe. Pour moi c'est un grand poète Jacques Serena mais il a arrêté d'écrire. Il a arrêté d'écrire parce que ses pièces ne sont pas montées et c'est très dommage. En tout cas, moi j'en ai monté trois. Évidemment, je pense que Jean-Luc Lagarce, les dernières pièces, il y a une part de poésie qui est là, présente. Pour moi, Peter Handke c'est le grand poète contemporain, ça c'est sûr. Après je ne sais pas, pour moi quelqu'un aussi... Mais est-ce qu'il écrit du théâtre ? Non, mais il fait du théâtre avec c'est Jacques Rebotier. Jacques Rebotier c'est un poète, absolument un poète et pour moi c'est un homme de théâtre aussi. Il vit de son travail.

 

Gwenael : Oui, il a une compagnie...

 

Joël : Après, par exemple, Olivier Py est considéré comme un poète du théâtre.Moi, ça c'est une forme de poésie théâtrale qui n'est pas la mienne parce que je la trouve vraiment avec une volonté de décrire le poème. C'est un peu ampoulé, ça ne me satisfait pas, sa poésie. Je ne sais pas, actuellement, de toute façon, l'écriture théâtrale est en train de bouger sous la pression de ce qui se passe au plateau, des nouveautés du plateau mais il en sortira des choses. Je n'ai pas peur de cela. Je crois... J'ai défendu... En fait j'ai quand même beaucoup défendu des adaptations des livres qui m'ont marqués. J'ai fait beaucoup d'adaptation des romans, des romans qui m'ont marqués, Kertesz, Dovstoievski, Conrad... Si j'avais pu, mais on ne peut pas y arriver mais Faulkner, Absalon, Absolon ! pour moi c'est le plus grand poème, c'est peut-être le plus grand poème du monde pour moi Absalon, Absalon ! On est dans la pure poésie, mais en même temps c'est une fresque romanesque, il n'y a rien à dire.

 

Hannah : Faulkner, vous souhaitiez faire une lecture ou vous avez fait une lecture ? Je ne sais pas. J'en ai parlé avec Pierre Durand. Une lecture musicale ?

 

Joël : Oui, on l'a fait avec Pierre. Il revenait du Mississippi. Je voulais faire lire des extraits de Faulkner, des extraits. Je ne les lisais pas moi-même, c'était deux comédiens qui les lisaient et il (Pierre Durand) les accompagnait. C'était plus une atmosphère qui était créée autour de Faulkner. Mais Absalon, Absalon ! vraiment, c'est un monument, mais un monument quoi ! De même, si je pouvais je mettrais en musique, et je me suis interrogé là-dessus, les Psaumes d'Isaïe dans la bible. Je ne suis pas du tout croyant mais je connais très bien les textes religieux. Il y a des textes religieux absolument magnifiques mais les Psaumes d'Isaïe, c'est une splendeur. Il y a trois ou quatre traductions différentes et je crois que je voudrais bien avoir la possibilité de faire la mienne tout simplement pour me l'approprier vraiment. Ça, faire ce chant-là, ça devrait être formidable en musique. Des choses comme ça... On ne peut pas tout faire non plus. Mais c'est bien d'avoir des projets...En fait je crois qu'aujourd'hui je n'aime que les projets qui sont plus forts que moi, de même que je ne peux lire que des livres qui me résistent, que des auteurs devant lesquels je suis obligé d'abord d'être assez humble et de revenir parce qu'ils me résistent, parce que je me dis que je ne suis pas prêt à lire cela. Alors je reviens, je les mets de côté puis je reviens... à un moment donné... Là, j'ai lu, par exemple, c'était un événement parce que je connais très bien Marguerite Duras, mais je n'avais pas lu Les Yeux bleus, cheveux noirs. Comme j'ai fini par acheter les quatre tomes de la Pléiade, il y a un texte et elle met que c'est du théâtre. C'est absolument pas du théâtre et pourtant c'est du théâtre. Ça je veux dire... Si j'avais pu, si j'avais lu ce texte plutôt, je me serais frotté, pas à l'adaptation, mais vraiment, la pièce telle qu'est est, une pièce littéraire écrite en me disant « Qu'est-ce que ça doit donner au théâtre ? » C'est tellement plus fort que le théâtre. Il y a quelque chose qui est là, comme La maladie de la mort. La maladie de la mort, je voulais le faire au théâtre, c'est parce que Delphine Seyrig est décédée peu avant les répétitions que l'on a pas pu le faire. Les Yeux bleus, cheveux noirs... Quand il y a des choses comme ça, on se dit qu'on voudrait le voir pour savoir si le plateau résiste ou si le texte résiste au plateau, comment ça se passe ? Je crois que c'est des choses comme ça qui entretiennent ma curiosité littéraire, poétique du monde parce que je reste quelqu'un de très curieux.

 

Gwenael : C'est celles où, en fait, il y a un enjeu de la langue qui tient sur la différence entre le littéraire et l'incarnation ? C'est quelque chose de cet ordre-là ?

 

 

Joël : Non, c'est des pièces, je dirais, qui interrogent la représentation. C'est pour ça que j'ai fait Atteintes à sa vie de Martin Crimp. C'est dix-sept scénarios autour d'un prénom quand même. Faire une chose qui fait une heure trois quart où il y a dix-sept scénarios autour d'un même prénom... Anna devient Hannah, devient Anja, Anouchka et puis parfois on se retrouve au Moyen-Orient, dans le scénario d'après on se retrouve en Russie, dans un autre c'est une écologiste aux États-Unis... C'est assez formidable, c'est comme un portable, un message, une messagerie qui a été trouvée et tout le monde n'en a que les appels qui ont appelé Anya. On ne sait pas si c'est une terroriste, une poète, une femme d'extrême droite . Au travers des messages, on ne sait pas qui est cette femme. C'est l'énigme absolue, donc ils établissent des scénarios. C'est une enquête autour d'un prénom. J'ai trouvé qu'en représentation, cela posait des problèmes énormes. Crimp est venu et vraiment, il était très enthousiaste de ce que j'avais fait de son travail. Rien que ça, ça m'a empli parce que je l'ai fait avec neuf, dix, mais on pourrait le faire à quinze comme on pourrait le faire à trois. On ne sait pas le nombre... Ça détruit la notion de personnage en même temps, ça l'émiette, ça la pulvérise. Comment on représente ça ? Alors, là, la vidéo m'était indispensable. La vidéo, la musique... Il y avait tout. Je voulais le faire. Une fois je l'ai fait après, c'était terminé pour moi.

 

 

Hannah : Il y a Ronce-Rose aussi d'Eric Chevillard que vous avez mis en scène et que vous viendrez sans doute jouer à La Station théâtre ?

 

Joël : Oui, j'espère, oui. Ça dépend du Monsieur d'en face (Gwenael) mais ça dépend d'Anne, du calendrier mais ça me ferait très plaisir de revenir là oui.

 

Hannah : A propos de Ronce-Rose, justement, qu'est-ce qui vous a motivé à le mettre en scène ce texte ?

 

 

Joël : A propos de l'histoire... C'est des histoires de vies. Si je n'avais pas été professeur au Conservatoire et avant au Théâtre national de Strasbourg, il y a des tas de choses qui auraient été complètement différentes dans ma vie. Comme comédien, par exemple, je me suis senti dans une position d'imposteur c'est pour ça que j'ai arrêté. Comme metteur en scène, j'ai, à un moment donné, mais ça c'était au retour d'un voyage au Liban, j'ai écrit sur mon passeport puisqu'on peut mettre ce qu'on veut, en profession j'ai mis « metteur en scène. » Mais là j'avais donc décidé d'être professionnel et je l'ai fait. Mais après j'ai compris que c'est un choix que je mets, comme celui qui est acteur... Il y a des CAP d'acteur, des CAP d'ajusteur, des CAP de charpentier, tout ça ce sont des CAP mais acteur on peut mettre « acteur . »Tout le monde peut se définir comme acteur. Tout le monde peut se définir comme metteur en scène. C'est des métiers qu'on choisit. Ce qui ne concerne que... 90%, peut-être même 95% des gens n'ont pas ce choix. Ils font des métiers qu'ils n'ont pas vraiment choisis et qui leur sont imposés par la vie etc. Quand on fait ce genre de métier, on est confronté à sa propre légitimité dans la mesure où il n'y a pas d'examen. Moi je suis arrivé, j'avais simplement fait du théâtre amateur. Il se trouve qu'à ma deuxième mise en scène, j'ai eu tant... Tant mieux. Mais, de toute façon, je considère qu'à chaque fois c'est sur le plateau que je gagne ma légitimité. Mais je ne me sens plus comme imposteur aujourd'hui. Évidemment, j'ai fait une cinquantaine de mises en scène et sur les cinquante, il y en a quand même qui ont marqué donc je ne me pose plus ces questions-là. Mais, par rapport à moi-même, à chaque fois, je me pose la question de ma légitimité. C'est sur le plateau qu'on la gagne. On ne peut pas la gagner ailleurs sur le plateau. Il faut, au moins, avoir soit le public soit la critique soit les professionnels pour les tournées. Si l'on n'a aucun des trois, c'est qu'on s'est quand même un peu trompé. Cela m'est arrivé aussi. La légitimité, à savoir ce que cela veut dire, se pose et il est normal qu'on se la pose puisqu'on s'est choisi ce métier. Si je suis soudeur, j'ai un CAP de soudure, je passe un examen... Pourquoi je dis ça ? Parce que comme auteur, c'est pareil. On est dans la même situation que le metteur en scène. Pédagogue, par contre, ce n'est pas pareil puisque moi, pédagogue, on m'a choisi. On est venu me chercher comme auteur et comme metteur en scène, c'est Jacques Lassalle à Strasbourg et c'est Marcel Bozonnet à Paris, le directeur du Conservatoire, qui est venu me chercher pour diriger une classe. Jacques Lassalle voulait que j'intervienne comme auteur, auteur de théâtre. J'étais à la fois auteur et metteur en scène. Au Conservatoire, Bozonnet m'a pris, lui, pour tout simplement être professeur d'interprétation. C'était un vrai travail. Là, la légitimité, on l'a puisqu'on est désigné, on est choisi mais en même temps on travaille avec des élèves qui, eux, ont passé leur concours. Il n'y en a plus après. A la sortie du Conservatoire, il n'y a pas d'autre concours. Ils sont rentrés, ils sont choisis. Il y en a trente parmi mille-deux-cents, ceux-là, ils peuvent ne rien faire à la limite. Ils pourraient ne pas venir. On ne renvoie pas un élève du Conservatoire, ce serait... Il y en a même un qui a envoyé une tarte à la crème à un professeur, il n'a pas été renvoyé. Il y en a qui ont chassé les enseignants. Je ne dirai pas de noms mais ils ont dit « Nous, on ne vous reconnaît pas donc on ne travaille pas avec vous. » Là, c'est formidable, parce qu'à la fois on est choisi et en même temps il faut montrer qu'on est là, parce que si on n'est pas là, les élèves, eux, sont exigeants vis à vis de nous et ils ont bien raison. C'est une expérience absolument formidable. Je crois que je me suis senti profondément légitime, le plus légitime c'est quand même comme pédagogue. Les élèves me l'ont vraiment rendu. Ca a changé mon théâtre, j'avais plus envie ensuite que de faire du travail de plateau avec que l'acteur et le texte, centré là-dessus. A ce moment-là, je me suis éloigné de la décoration, je me suis éloigné des lumières, je me suis éloigné des problèmes de son pour être au noyau dur de la relation avec l'acteur. J'avais déjà amorcé avant. C'est vrai que ce travail... Je crois qu'il y a eu un échange d'énergie entre ces générations et moi. C'était une expérience formidable, ce qui fait que j'ai des élèves qui reviennent régulièrement me voir ou qui m'appellent parce que j'ai été important pour eux et je suis obligé de leur dire, aussi, qu'ils ont été très importants pour moi. Donc, Ronce-Rose, c'est vraiment le cas, c'est Anne Caillère, c'était mon premier atelier à Strasbourg … Je me souviens de la première chose que je leur ai dite. Je me souviens très bien ce que j'avais raconté et je voyais que c'était compliqué pour eux. Moi, je partais du point de vue que ce n'était pas grave de ne pas être acteur mais ce qui était grave c'était de l'être. Ce qui était grave, c'est ce que je disais aux élèves, c'est pas d'avoir échoué au concours, c'est de l'avoir réussi. Je partais de ce point de vue-là donc c'était un point de vue assez brutal. Je leur disais en plus : « Il faut qu'en trois ans, vous ayez quinze ans de plus dans votre tête et on va essayer de faire ça. » Donc il faut essayer d'interroger la sexualité, la voix, le courage, l'approche de la lecture, des choses comme ça pour que vous soyez plus mûrs, plus mûrs que votre âge... Mais la première année, c'était toujours un peu complexe... par exemple, je me contraignais, pour moi c'était un apport considérable... Quand j'avais trois heures de cours, je venais avec un vers, je me souviens par exemple « Que l'effacement soit ma façon de resplendir » de Jaccottet. Je venais avec ce vers-là et je me contraignais à parler une demi-heure et après je disais « maintenant on fait du théâtre et il n'y a pas de commentaires. Ne commentez pas, j'ai parlé de ce vers, j'ai parlé pendant une demi-heure, vous en faites ce que vous voulez. » Les gens, après, ils les demandaient parce que je disais « Vous pouvez ne pas venir la première demi-heure. » Mais ils venaient tous, ça venait toujours mais parce que c'était des interrogations existentielles en même temps, toujours, au travers de ça. Donc, Anne, elle est venue, parce qu'elle était à un moment de son métier où elle était devenue prof au Cours Florent, elle était monoparentale, c'est comme ça qu'on dit ? Elle s'était retrouvée monoparentale, avec un enfant donc elle était seule à élever l'enfant.

 

Gwenael : Parent isolé.

 

Joël : Elle avait été obligée, alors qu'elle avait joué à La Cour d'Honneur à Avignon avec Sami Frey, elle avait joué avec Bernard Sobel, avec Stuart Seide... Elle travaillait puis, à un moment donné pour élever son enfant, fallait être à Paris donc elle s'est éloignée de la scène et elle est venue me voir pour un projet. Elle avait un projet de Duras sur un truc pas connu du tout de Duras où il fallait six personnes. Elle voulait à la fois le mettre en scène, c'était une intellectuelle, le mettre en scène et pas l'interpréter et le produire. Elle venait me voir juste pour la production. J'ai écouté son projet et, en même temps, je lisais Ronce-Rose. Elle était chez nous, elle était à la maison, c'était une amie aussi de ma compagne et j'entendais sa voix. C'était étrange parce que c'est une enfant qui vieillit au fil des pages et elle a une voix enfantine. En plus, c'est une enfant qui se rappelle de ses mésanges dans le tilleul et elle a une petite tête d'oiseau, Anne, comme ça. Ça s'est passé comme ça, on a parlé de ses projets, je lui ai dit comment procéder si elle voulait produire. A la gare, je lui ai donné ce livre et je lui ai dit « Tiens, ça, je crois que c'est pour toi. » Elle a lu le livre, elle l'a lu dans le train puis elle me téléphone à la gare et me dit : « Je le fais si tu fais la mise en scène. » C'est comme ça que je m'y suis remis, uniquement. Autrement, moi j'étais très heureux de travailler avec mon atelier théâtral amateur à Port-Louis parce que je voulais revenir à ça. Je voulais vraiment avoir une vie après le théâtre parce que j'ai eu une vie avant. J'ai eu une vie après le théâtre professionnel, ça, je peux le dire. Je ne sais pas si j'ai répondu.

 

Hannah : Si.

 

Gwenael : Si, il fallait que tu parles de Ronce-Rose et de comment ce projet était arrivé.

 

Joël : Ca, c'est une chance aussi parce que moi, je connaissais Chevillard, j'avais tous ses livres parce que je suis un fou de Chevillard. C'est de la poésie Chevillard, vraiment, c'est de la poésie pour moi. C'est de la poésie en prose mais c'est vraiment de la poésie. On est devenu très amis. Ce qui est beau... Franchement, les relations entre metteurs en scène, on s'embrasse, on se fait des bises mais c'est quand même assez carnassier et assez carnivore c'est-à-dire que j'ai trop souvent vu des metteurs en scène qui étaient heureux de voir les autres se planter. Entre auteurs, jamais. Ça n'existe pas. Il y a des auteurs dont je n'aime pas les écrits mais ce sont quand même des amis et on peut quand même parler d'écriture et de littérature. Il n'y a pas de question du pouvoir, pas d'enjeux, il n'y a pas d'enjeux de pouvoir du tout, ce n'est pas pareil du tout. Je trouve que c'est d'une grande humanité entre nous. Moi j'ai eu beaucoup d'amis parmi les auteurs.

 

Gwenael : Pourtant, il y a eu par le passé des batailles littéraires qui ont été fondamentales dans l'évolution même de l'écriture et tout cela ?

 

Joël : Oui mais c'était le moment, peut-être, où l'auteur était encore presque le centre, presque le centre. C'était des batailles ça.

 

 

Gwenael : C'est lui qui emportait, d'ailleurs, la subvention ou l'adhésion, l'argent. Dans le théâtre c'était le cas.

 

Joël : Oui, tout à fait.

 

Gwenael : On donnait de l'argent à l'auteur pour qu'il monte sa pièce. On choisissait un régisseur pour que...

 

Joël: Il y a bien du théâtre au dix-neuvième siècle mais on ne connaît pas le nom du metteur en scène mais on connait le nom de tous les auteurs. Même jusque dans les années cinquante...

 

Gwenael : Donc, à l'époque, il y avait des enjeux de pouvoir, donc ce n'est pas lié à la discipline. C'est lié à...

 

Joël : à l'absence d'enjeux de pouvoir.

 

Gwenael : Oui, c'est lié à l'absence d'enjeux de pouvoir. C'est un constat qu'on peut faire. C'est plus.. Est-ce que c'est meilleur pour la littérature ?

 

Joël : Je ne sais pas, je n'ai pas d'avis.

 

Gwenael : C'est une question qui pourrait se poser, c'est-à-dire est-ce que l'enjeu de pouvoir participe, alors il ne va pas participer forcément à édifier l'humanité, mais il peut participer à augmenter la valeur artistique, le sens, augmenter la puissance artistique ? Quelque chose comme ça.

 

Joël : Tu veux dire l'auteur ?

 

Gwenael :Quel que soit... Un enjeu de pouvoir, peut-être chez d'autres métiers que auteur...

Joël : Moi je pense qu'à un moment donné, être un homme de théâtre... Quand on fait le choix de son métier, c'est un choix d'indien. On est des indiens. Ceux qui, ensuite, après... Pour moi, il y a une autre catégorie de gens qui font ce métier, qui ne se posent pas la question de leur légitimité mais qui savent le pouvoir qu'ils ont à l'intérieur du métier, ce ne sont plus des indiens. C'est-à-dire que moi je trouve que c'est des sentiers qu'on doit tracer, ceux qui sont sur les autoroutes je ne les envie pas. Il y a beaucoup de gens, dans les centres dramatiques, qui font du théâtre de centre dramatique. C'est une forme de théâtre où je m'ennuie profondément, ça je ne peux pas ne pas le dire. Je ne vais pas donner des noms parce que je n'aime pas ça. Ce qui m'intéresse, c'est plutôt les singularités, les pistes, de pistes. Ça m'intéresse, c'est aussi dans mes lectures. C'est le choix des lectures qu'on fait, c'est le choix des philosophes qu'ont lit, des poètes qu'on habite. C'est toujours une question de langue pour moi. Moi, si, par exemple, je fais le choix de faire Kertész, c'est parce qu'il y a quelque chose que je veux mettre en partage à partir d'une singularité qui m'a profondément atteint. Pour comprendre Kertész, j'ai tout retapé le texte, retapé tout le texte pour comprendre comment il l'a écrit, où sont ses virgules ? Où il met les points ? J'ai compris. C'est comme ça que j'ai compris que la phrase était tragique mais entre deux virgules, il y avait toujours un humour qui était au travail. C'est une expérience magnifique de retaper un texte. Beckett, j'ai retapé en entier Oh les beaux jours et puis surtout aussi Fin de partie pour enlever les didascalies pour ne pas être prisonnier de son escabeau, de ses lunettes de etc, de voir comment était le texte sans rien d'autre. J'ai retrouvé les silences après, quand j'ai lu j'ai retrouvé les silences, mais j'avais jamais le livre auprès de moi. J'avais que le texte, comme ça. Une chose dont je suis sûr, c'est que les textes, une fois écrits, ne sont pas à nous, ne nous appartiennent plus, sauf socialement, sauf socialement, c'est mes droits d'auteur. C'est un droit social élémentaire. Ça ne m'est arrivé qu'une fois, c'était ici d'ailleurs, de ne pas donner le droit à la reprise puisque j'avais vraiment un désaccord avec la mise en scène de cela mais autrement tous les gens savent que, moi-même quand je montais mes textes je ne me donnais pas l'exclusivité. J'ai monté un texte, il y avait quelqu'un d'autre qui le montait en même temps. Je ne me donnais pas l'exclusivité parce que je ne me reconnais pas le droit d'interdire à quelqu'un de monter mes textes. Ça ne m'appartient plus. Après j'aime bien si le metteur en scène m'appelle en me disant que là il est en difficulté, je peux dépanner, ça c'est autre chose. C'est un art collectif le théâtre quand même, il ne faut pas oublier cela, c'est ça qui est beau.

 

Hannah : Concernant votre entrée, vraiment, en littérature, cet amour de la langue, vous disiez tout à l'heure et d'ailleurs c'était écrit dans Post-scriptum que le livre, l'objet-livre, cela a été un bouclier moral mais également physique pour vous protéger des brimades, vous parlez de ça et vous parlez également des lectures que vous faisait faire un de vos enseignants je crois. Est-ce que c'est ça qui a signé votre amour de la langue ? Ou ça a été la lecture ?

 

Joël : Je vais vous faire un raccourci saisissant parce que vous m'avez rappelé ce qui est dans Post-scriptum tout à l'heure, L'Homme qui rit. C'est vrai que L'Homme qui rit, j'ai du en avoir une version extrêmement expurgée. Je pense que j'en ai eu une version expurgée parce que tomber sur ce livre en sixième et cinquième de L'Homme qui rit... Quand je l'ai relu, mais bien plus tard après, je me dis je n'ai pas pu être à ce point marqué par L'Homme qui rit face à ce monument littéraire quand j'avais douze ans, voilà... encore que... Mais c'était à la fois un moyen de protection, encore une fois, et puis je suis en train d'écrire « L'enfant qui rit », enfin ça s'appellera pas « L'enfant qui rit » mais c'est vraiment un hommage à Hugo. Je parle de Ursus et je parle de deux des personnages. Simplement, au bout d'un temps, j'abandonne le livre parce qu'il y a un changement climatique, donc il y a une vague qui s'appelle Le temps, la vague du temps qui fait que le livre est noyé donc l'enfant est obligé d'écrire la suite lui-même. Les personnages sont obligés d'écrire la suite. Pour moi, c'est un hommage caché à Shakespeare et à La Tempête et à Hugo mais parce que j'ai longtemps été perçu comme quelqu'un, même aujourd'hui, qui a toujours le sourire. Mais moi je sais ce que cache mon sourire. C'est mon affaire. Avoir rencontré quelqu'un comme ça, qui a un sourire qui est...

 

Gwenael : Marqué au couteau...

 

Joël : Marqué au couteau. Moi, ce sourire-là, il vient de là quand même aussi. Mais... Là je dois beaucoup à Handke « Apaise le conflit de ton rire. » Par exemple, ça j'ai fait une fois, quand je disais que j'amenais une phrase, j'ai parlé pendant une demi-heure de cette phrase « Apaise le conflit de ton rire. »Et je parlais de moi mais les acteurs comprenaient aussi que je parlais de leur rire, de leur sourire sur le plateau. Par exemple, pourquoi est-ce que quelqu'un qui fait une comédie il a le droit de rire pour faire rire ? Et par contre on ne lui donne pas le droit de pleurer pour faire pleurer. C'est très étrange cet interdit des larmes au théâtre alors que, au contraire, on encourage... C'est Jean Poiret qui disait très justement, quand il faisait, quand il faisait du boulevard, le dimanche après-midi c'était difficile donc, quand il s'apercevait que là où d'habitude les gens riaient, là ça ne riait pas parce que c'était l'après-midi... il répétait, il répétait, au bout de la septième fois où il répétait, les gens étaient tous écroulés de rire alors après il pouvait continuer son travail. Il disait ça... (rires) C'est une arnaque hein... C'est une arnaque... Mais je sais qu'il y a beaucoup de comédiens, ils font un truc et ils rigolent derrière alors évidemment le public rit. Moi je ne donne jamais d'interdit aux larmes mais je dis surtout « ne fabriquez pas les larmes » tout simplement, ne fabriquez pas les larmes mais ne fabriquons pas non plus le rire. C'est là... « Apaise le conflit de ton rire. » c'est une phrase qui est tellement étonnante, tellement étonnante et qui raconte tellement de choses donc je parlais une demi-heure de ça.

 

Gwenael : En l'occurrence, là il s'agit plus... Il s'agit d'autre chose que d'un rire, il s'agit du sourire.

 

Joël : Oui, il s'agit...

 

Gwenael : Là, dans L'Homme qui rit...

 

Joël : Ah, dans L'Homme qui rit, ça non, j'ai parlé de ça mais j'ai parlé plus largement de ce qu'était mon rire puisque c'est vrai que je souris toujours... Je préfère sourire aux gens et surtout quand... Je connais quelqu'un comme ça aussi qui est un auteur pour enfants qui joue dans L'enfant caché dans l'encrier, Dominique Richard. Quand il a une mauvaise nouvelle, il rigole comme c'est pas possible mais il rigole vraiment et c'est un rire... Il n'en revient pas. Il n'en revient pas. Et il rit, mais c'est pour cacher quelque chose de très sombre je pense, parfois, le rire. Enfin ce n'est pas obligé d'avoir toujours cette gravité là non plus. (Silence)

Oui, voilà L'Homme qui rit, donc... Je ne sais pas d'ailleurs si j'ai répondu à la question, c'est d'avoir ramené L'Homme qui rit là. C'est un livre essentiel pour moi parce que quand je l'ai relu après, j'ai dit « mais comment on peut écrire des choses pareilles ? Comment, comment on peut être aussi noir ? » C'est d'une noirceur si forte et puis... C'est un monument littéraire mais incroyable avec des mots d'auteur, cette facilité qu'il y a... Le Promontoire du songe là, il voit, il va à l'Observatoire de Paris, Hugo, et c'est parce qu'on l'invite à voir le plus grand télescope qui était à Paris à ce moment-là pour voir la lune. Donc il met l’œil dans la lune, il a écrit après un texte qui s'appelle Le Promontoire du songe. Il voit la lune comme ça et il explique très bien que il voit donc, il montre d'ailleurs la valeur d'échelle que ça représente... Et il voit rien ! Et il dit « C'était comme de l'encre noire » et il part de là et il fait un texte sublime. Il voit la lune et il voit de l'encre noire. (rires)

 

Hannah : Donc c'est vraiment l'oeuvre, et notamment celle d'Hugo, qui vous a amené vers ce plaisir de la lecture ? L'entrée en littérature, j'imagine, peut se faire par un amour pour des sonorités ou comme Gwenael.. Enfin on en avait parlé, il m'avait dit que c'était un peu... Je ne veux pas parler à ta place mais un plaisir de trouver le sens, de décortiquer les origines, les étymologies derrière les mots...

 

Joël : Je sais que, moi, dans L'Homme qui rit, ce qui m'avait marqué quand je l'avais lu à douze ans parce que je me souviens bien quand même, c'était l'histoire de cet enfant évidemment complètement... Des oreilles, des deux oreilles ce rire-là, un rire grimaçant donc. Et l'amour qui trouve dans la neige une petite fille, une petite fille qui est en train de mourir, dont la mère est morte, et il va... Cet enfant va porter cette histoire et il arrive, il arrive chez Ursus, qui est un nom d'ours, qui est un philosophe, un ours, qui est en même temps un homme qui fait du théâtre, qui fait même du théâtre avec des tréteaux, à la cantonade. Je trouve... Ce trio-là, pour moi, tout de suite, c'était Ariel, Caliban et...

 

Gwenael : Prospéro.

 

 

Joël : Prospéro. Or, Hugo avait beaucoup travaillé sur Shakespeare oui, il a fait un très beau texte sur Shakespeare donc... Et moi La Tempête, il y avait une chose avec laquelle je n'étais absolument pas d'accord avec Shakespeare mais, qui sait si j'aime Shakespeare, mais c'est bien parce que c'est bien qu'on puisse avoir aussi des auteurs avec qui on n'est pas d'accord. Son Caliban, je trouvais que, d'ailleurs moi je préfère La Tempête de Césaire parce qu'il écrit une tempête, mais Caliban c'est à lui... Elle est à lui parce que Caliban c'est un peu un noir, quand même. Donc, celui qui est laid, moi je n'aime pas Cendrillon pour ça pourquoi une enfant... Pourquoi les sœurs de Cendrillon... Pourquoi Cendrillon elle est belle et que les sœurs qui sont méchantes sont laides ? On montre ça aux enfants, ça m'insupporte ces choses-là.

 

Gwenael : Le fait que Caliban soit l'esclave de Prospéro, c'est ça qui te...

 

Joël : Oui, puis il est comme une bête, il le bestialise et puis comme on aime bien Prospéro parce qu'il a son petit esprit qui est... et Ariel de l'autre côté, ça fait vraiment le corps d'un côté, l'esprit de l'autre. Ca moi j'y crois pas du tout bien évidemment je suis pas du tout croyant donc pour moi l'âme et corps ça ne fait qu'un, ça c'est sûr. Le corps pense, mais ça j'en ai eu plein de preuves dans ma vie que le corps pense... Il y avait donc les amours de Dea et de Gwynplaine, c'est Gwynplaine et Dea. Et il y a cette phrase, quand même, qui est... L'enfant est aveugle et elle aime Gwynplaine. Gwynplaine, qui la trouve tellement belle, il dit « Heureusement qu'elle ne me voit pas »et elle lui dit « Tu es beau puisque ton âme est belle. »Voilà. Et ça, ça m'a tellement marqué, cet amour de la... Je crois que c'est comme un conte, c'était comme un conte puisqu'il y avait la neige et moi je suis parti uniquement de ça, de cette histoire de neige, « un manteau de neige » ça s'appellera probablement... Et il y a un enfant là et il sait pas qu'il y a déjà quelqu'un qui est avec lui dans son manteau, mais il ne le sait pas. Ca part de là. Mais je pense que ça, ça raconte ma petite sœur et moi, c'est vraiment ça. Mais je crois que toutes mes pièces pour enfants c'est ma petite sœur et moi. (Silence) C'est comme ça. Une âme sœur. (Silence)

 

 

Hannah : Et il y a quelque chose que vous avez dit tout à l'heure...

 

 

Joël : Quelle heure il est  parce que...

 

 

Gwenael : Il est vingt, donc dans dix minutes normalement tu es... c'est ça, je crois.

 

 

Joël : Vas-y,  vas-y, vas-y Hannah !

 

 

 

Hannah : Alors, non moi c'était juste la dernière chose parce que vous avez dit plein de choses intéressantes donc vous avez devancé la plupart de mes questions... Il y a quelque chose que vous avez dit tout à l'heure et que j'ai trouvé, enfin c'était intéressant puisque j'ai trouvé à peu près, sous une autre formulation, la même chose dans Post-scriptum. Vous avez écrit : « A quoi s'ajoute avec l'âge et sans rechercher à tout prix l'opacité ce besoin que tu éprouves qu'un livre te résiste dès son entame. » Justement, ce besoin de trouver, quand même, quelque chose qui vous résiste, quelque chose qui se dérobe, c'est quelque chose que vous... Enfin vous avez répondu à ma question parce que vous m'avez dit quand même que votre histoire avec la poésie, elle a toujours existé, ce n'est pas quelque chose qui a débuté récemment mais c'est quelque chose quand même avec l'âge et avec ce besoin qu'il y ait quelque chose qui se dérobe, la poésie trouve sa place ?

 

 

 

Joël : Oui, je peux expliquer l'entame en tout cas. C'est-à-dire, par exemple, ça m'arrive d'aller dans une librairie, en plus j'en ai une à Port-Louis, comme elle me connaît bien, je peux lire des romans. Je lis la première page, j'adore lire les premières pages des livres et si c'est du petit-lait, je passe à l'autre. Et puis parfois je lis et je suis dans un territoire tout à fait... qui est autre, même dans l'écriture... Alors je le prends et je le mets à part chez moi et puis je dis « Quand je serai prêt, celui-là je vais y aller. » J'en ai trois, quatre encore comme ça. Ça arrive rarement mais ça m'arrive et c'est une aventure formidable toujours parce qu'on sait qu'on est, à ce moment-là, comme dans un travail de traduction je dirais presque... ou comme... comment il s'appelait... Champollion, quand il s'occupait des hiéroglyphes égyptiens...

 

Gwenael : Ça rejoint aussi l'apparence physique et l'âme, c'est-à-dire que, justement, quelque chose qui est rédhibitoire de prime abord, on a envie de voir ce qu'il y a derrière et ce que ça va nous... On sent que c'est singulier dès le départ, on sent que parce que c'est rédhibitoire, forcément c'est singulier, c'est différent de nous.. donc ça nous pousse à vouloir aller chercher derrière... c'est une culture de l'exigence aussi ça. Toi, tu disais que tu avais appris ce que c'était que le travail aussi.

 

Joël : Ah oui, oui.

 

Gwenael : Tu disais ça tout à l'heure, donc cette notion d'être constamment en travail, constamment à essayer d'ouvrir les barrières, de trouver le moyen d'ouvrir les barrières, de passer outre mais pas de passer outre en défonçant tout... de passer outre en grattant ce qu'il y a en toi-même qui t'empêche, non pas en grattant ce qu'il y a chez l'autre. C'est cette discipline du travail, est-ce qu'elle est là, est-ce qu'elle réside là-dedans ?

 

Joël : Oui je pense que...Alors là je peux même rejoindre les deux. C'est-à-dire que... c'est vrai que ma mère, dès qu'on avait l'âge de travailler, toutes les vacances scolaires on travaillait. On travaillait chez des gens. J'ai transporté des bouteilles, j'ai ramassé des poires, des pommes, j'ai fait des vendanges... Toutes mes vacances, on était au travail. Ça a été valable pour les deux filles aussi, pour mes deux sœurs. Et je ne regrette pas ça, je pense même que c'est une force dans la vie. Bon après, l'autre questionnement sur le livre et le travail du livre, si je réfléchis bien, il y a une chose qui m'a énormément marqué c'est.. ça va paraître... Dans mon enfance, les ouvriers agricoles, vraiment les journaliers, les arpètes dans la ferme, c'était des gens souvent de passage ou alors nous c'était, dans notre ferme qui était très isolée, c'était des troglodytes. Ils vivaient vraiment dans des trous, dans des trous, des caves. C'était le début des années cinquante, il n'y avait pas de moteur encore, il y avait les chevaux, la charrue... Puis j'ai vu le moteur, le premier moteur arriver, le Crédit Agricole etc, etc, puis les dettes après... Mais quand les troglodytes sont là et, en fait, ils sont payés par quoi ? Par le manger et le dormir en fait. On leur donne le manger...

 

 

Gwenael : Le gîte et le couvert.

 

 

Joël : Oui puis sans doute un peu plus je pense, voilà. En tout cas, ils sont cinq ou six dans une ferme comme ça et ces gens-là, c'était une humanité brute, brute, mais vraiment brute avec un parler brut aussi, un parler rocailleux. Je crois que, il y en a un ou deux en tout cas dont je me souviens, et ils parlaient tout le temps. Et quand on est enfant, et qu'on a quelqu'un qui... Moi j'étais le fils, mon père c'était le patron de la ferme, ma mère c'était la domestique... Ça c'est autre chose, c'est la vie. Mais ils parlaient et je comprenais rien, mais je trouvais ça extraordinaire. Je trouvais ça extraordinaire quelqu'un qui parle et je ne comprends pas ce qu'il me dit. Le langage... C'est comme des oursins, comme des pierres etc. J'ai retrouvé ça en Bretagne dans ma belle-mère, c'est-à-dire presque des gens qui ont eu du mal à apprendre le français et alors la manière dont ils prononcent la langue, les mots... Ils se sont tellement battus avec ça qu'il y a une espèce de guérilla urbaine encore dans le verbe qui est là. Alors, après, à l'opposé... Je raconte toujours cette histoire que le babil des enfants ça a été analysé au niveau de la structure, de la structure du langage. Tous les babils des enfants du monde entier, qu'ils soient pygmées, africains, au nord... c'est le même. C'est-à-dire qu'ils peuvent parler toutes les langues normalement et qu'il faut que la langue maternelle fasse son chemin, il faut passer par l'oubli des autres langues. Moi je trouve que là, il y a quelque chose pour moi... une page me résiste, c'est-à-dire qu'ils parlent une langue qui m'est étrangère et il y a cette étrangeté toujours, cet émerveillement peut-être que j'ai eu enfant face à des gens qui parlaient et où je ne comprenais rien. Donc ça résiste, c'est pour ça que je dis qu'il faudrait presque que je traduise. J'aime bien, parce que le livre je suis obligé de travailler en même temps, je suis obligé de travailler en même temps. C'est tellement agréable de travailler en même temps que l'auteur.

 

Gwenael : Tu accompagnes aussi... C'est un vrai mariage. C'est des noces.

 

Joël : Oui, voilà. C'est une aventure ! C'est une aventure. Alors qu'autrement, bon, c'est un peu de la consommation. (Silence) Bon...(Silence)

 

Gwenael : Et bien... C'est un bel entretien...

 

Hannah : Merci Joël !

 

Joël : Merci Hannah, merci Gwenael !

 

 

16-10-19

Sortie de résidence Cie Chant de la Carpe - Tarkos Opéra (gratuit)

 

   

Flyer_tarkos_Opéra_provisoire 2

JEUDI 14 NOVEMBRE 18H30

SORTIE DE RESIDENCE CIE LE CHANT DE LA CARPE

TARKOS OPERA

ou

A quoi bon encore les poètes ?

 

Stéphane Keruel

Conception, jeu, chant

 

Guigou Chenevier 

Compositions musicales, percussions, clarinette, clavier, sons

 

Jean-Michel Potiron

Mise en scène

 

Julien Barbazin

Création lumière, régie générale

 

Daniel Mosser

Vidéo

 

Compagnie Le Chant de La Carpe

 

 

 

Du 7 au 14 novembre, la Station théâtre accueille la Compagnie Le Chant de la Carpe pour une étape de création de leur spectacle  Tarkos Opera.  A l’issue de cette semaine de résidence, une restitution du travail est proposée au public le Jeudi 14 novembre à 18h30 à La Station théâtre.

Ceci s’inscrit dans la continuité de l’intérêt que La Station théâtre porte à l’univers poétique et théâtral de Stéphane Keruel, comédien et directeur artistique du Chant de la Carpe. Ainsi, aux quatre spectacles de cette compagnie déjà programmés depuis 2014 à La Station théâtre s’ajouteront des représentations de  Tarkos Opera au cours de la saison 2020-2021. La première de ce spectacle, dont La Station théâtre est coproductrice, sera donnée le 13 janvier 2020 à la Scène nationale de Besançon.

 

Tarkos Opera est un spectacle au projet unique dont l’ambition est de  transposer les textes du poète contemporain Christophe Tarkos en opéra.

“J'ai cherché les emmerdes avec l'appellation poème et je les ai trouvés” Christophe Tarkos

«Avec une apparente application un peu gauche, une consciencieuse négligence de la tradition du bien nommé, du joliment ficelé, Tarkos noie toute prétention de dire le vrai, produisant une poésie doublement hors norme, voire problématique au regard-même de la poésie contemporaine.  De la pâte-mot de Tarkos, nous assumons, nous, le tracas de faire... un opéra. Secrètement narquois... TARKOS OPÉRA débute en adresse directe au public : un acteur chanteur et un musicien poly-instrumentiste, font état de leurs multiples tentatives scéniques et opératiques sur les textes de Tarkos, rejoignant quelque chose de l'humour masqué du poète. Ce faisant, ils mettent en exergue trois questions : “À quoi bon encore des poètes ?”, "Vivre en poésie, qu'est-ce que ça pourrait bien signifier ?”, et “Qui est Christophe Tarkos ?” Insensiblement, le spectacle plonge dans l'œuvre, comme répondant au désir de Tarkos qui, malade et à la fin de sa vie, ne pouvant plus lire que la première phrase de ses textes, demandait qu'on fasse entendre la suite... » Compagnie Le Chant de la Carpe

 

 

 

                        Soutiens institutionnels à la Station théâtre pour la saison 19-20 : Communauté de communes du Val d’Ille Aubigné, Conseil départemental d’Ille et Vilaine, Conseil régional de Bretagne,  Ministère de la culture- DRAC Bretagne.


11-09-19

SOIREE DE PRESENTATION DE LA SAISON 2019-2020 Le Samedi 28 septembre à 20H30

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SAMEDI 28 SEPTEMBRE 20H30

 

SOIREE DE PRESENTATION DE LA SAISON

 

La sensualité païenne de Dahud contre le diable des chrétiens parmi la foule burlesque de tous les personnages de la cité à engloutir,

 

la folie créatrice de Niki de Saint Phalle jouant avec le désordre tragique et joyeux de la vie,

 

le langage étourdissant d'une clown roulant dans la farine du sens caché des mots toutes les aberrations de notre société,

 

la prose hallucinée d'un Transsibérien mythomaniaque dans les trous d'air entre les riffs et les harmoniques d'une guitare nomade,

 

le futur pressenti d'un homme confiné à son pavillon sous le bombardement des marques qui le retiennent dans son présent,

 

dans les soupirs et les orgues de l'accordéon, le chant d'Enée chassé de Troie, qui implore l'hospitalité pour son peuple en exode,

 

avec la sincérité calme d'une innocente rebellion, la grâce diabolique d'un ange et de son verbe clair pour ouvrir enfin la cage des repères,

 

le choeur en marche des sécessionnistes vers un monde à refaire, des cabanes, et les fourmis qui s'y attellent malgré la ville et la police,

 

et la mission sacrée de cet ouvrier du pilon pour sauver de la presse les livres interdits et le poème de son existence :

 

Les ouvriers de ces neuf spectacles pour la plupart inédits dans la région, artistes passionnés et engagés, comédiens, clowns, auteurs-poètes, musiciens, hommes et femmes, viendront de toute la Bretagne, des plaines et des montagnes de France pour les jouer à La Station théâtre. Les compagnies elles même et le directeur-fondateur vous les présenteront ce soir-là vous donnant à entendre un peu de leur langue, à sentir un peu de leur âme, juste ce qu'il faut pour que vous reveniez aux représentations accomplir avec eux le destin de chacun de ces partages exigeants et tellement humains.

A l 'issue de la présentation, nous échangerons autour d'un verre au bar de la salle Jarry pour finir la soirée. Les abonnements pourront être souscrits, les places réservées et les inscriptions au stage d'écriture enregistrées.

 

L'HISTOIRE VERITABLE DE LA VILLE D'YS Le Jeudi 3 octobre à 20H30

 

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JEUDI 3 OCTOBRE 20H30

(Dans le cadre du Festival Val d'Ille en scène)

   

 

L'HISTOIRE VERITABLE DE LA VILLE D'YS

 

 

par Mr Jean et Mme Jeanne

( Hassan Tess et Amélie Vignaux )

 

Compagnie Avec ceci ce sera ? Douarnenez

 

 

 

ATTENTION : Réservations au 06 81 75 81 01

Prix libre au chapeau

 Hors abonnements 

A partir de 8 ans / Durée : 1H05

Co-production : Ville de Douarnenez

 

 

500 ans après JC, la chrétienté s'enracine en Bretagne. Gradlon, roi de Cornouaille, nomme Corentin évêque de Quimper et entreprend d'y bâtir une cathédrale. Mais voilà que Dahud, sa fille unique, refuse de se soumettre à l'enseignement de Corentin. La nouvelle religion est autoritaire et déprimante. Gradlon, qui aime sa fille, lui fait construire une ville protégée par les flots, Ys, où elle s'installe dans la joie de vivre et la liberté morale inspirées de sa culture païenne. Corentin et le moine Guénolé dénoncent la nouvelle cité comme un lieu de débauche et de vice contraires au nouvel ordre moral. La ville finira engloutie dans les abîmes de la mer d'Iroise.

Avec une rigueur scientifique inattendue et un jeu excellemment burlesque qui mêle au passé les enjeux du présent, et vice-versa, Mr Jean et Mme Jeanne font revivre tous les personnages de cette légende jusqu'au cheval Morvac'h qui galope sur les flots.

 

 

Extrait :

« Dahud : Il doit s'ennuyer ton dieu d'amour tout seul là haut pour l'éternité. Pas une seule déesse ?

Guénolé : Tu es une sauvage entre les mains du Démon !

Dahud : Ton Dieu parle de tolérance ?

Guénolé : Oui tout à fait

Dahud : Alors laissez moi vivre comme je veux.

Guénolé : Ce n'est pas possible, tu vis dans le péché

Dahud : Une invention ! Chez les Celtes le péché n'existe pas.

Guénolé : Tu ne comprends pas ! Je dois te sauver

Dahud : Mais je n'ai pas besoin d'être sauvée

Guénolé : Il le faut sinon tu vas aller en enfer !

Dahud : L'enfer c'est toi (Guénolé sort) »

 

09-09-19

NIKI DE SAINT PHALLE VIVRE ! Les Vendredi 11 et Samedi 12 octobre 2019 à 20H

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VENDREDI 11 ET SAMEDI 12 OCTOBRE 20H

 

 

 

NIKI DE SAINT PHALLE VIVRE !

 

 

de et avec Juliette Andréa Thierrée

 

Direction d'acteur : Marco Zitelli

 

 

 

Compagnie Annael, Gentilly

 

 

  

A partir de 14 ans / Durée : 1H20

Avec le soutien du Plateau 31, de la DRAC Ille de France et de la Fondation Niki de Saint Phalle

 

Compris dans l'abonnement Fol Entresol

 

Elle fait saigner des tableaux à la carabine, invite des foules de visiteurs à pénétrer le corps d'une femme monumentale, égrène des chapelets de «nanas» aux rondeurs hottentotes vivement colorées et crée un jardin de tarots. Niki de Saint Phalle est une artiste tellement vivante, malgré sa mort en 2002, que nous la retrouvons aussi belle, frénétique et folle dans le texte et le corps de Juliette Thierrée dont il est évident qu'elle l'a envoûtée de son énergie vitale. Les situations, les personnages et les pays de sa vie apparaissent, disparaissent, se transforment, s'alimentent et se répondent, avec leurs lots chaotiques de chocs, de bonheurs, de rencontres déboulant dans le désordre. Une plongée au cœur de l'élan vital de cette étonnante artiste, dans l'équilibre complexe entre la solitude nécessaire à la création et le lien aux autres pour l'inspiration.

 

...Ce soir, sur la scène, le temps s’est contracté et replié. Niki de Saint Phalle est devant nous... La prestation de Juliette Andréa Thierrée est sidérante de justesse, de délicatesse et de rage... Fred Lecoeur, Sans qu'il soit besoin, juillet 2018

 

Extrait :

« Mon rêve à moi -tout le monde a un rêve n'est-ce pas?- était de fabriquer un art qui s'adresserait à tous ceux que la société exclut et écrase : les blessés de l'âme. Un art qui parlerait à tous...

...J'étais paumée mais je savais que quoi que je fasse dans l'avenir, il faudrait que ce soit difficile, excitant, grandiose. Libre ! Libre ! Je voulais être un être libre... »

 

 

 Vidéo de présentation du spectacle

 

COMMENT VA LE MONDE ? Les Vendredi 22 et Samedi 23 novembre 2019 à 20H

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VENDREDI 22 ET SAMEDI 23 NOVEMBRE 20H

 

 

COMMENT VA LE MONDE ?

 

Textes de Marc Favreau, dit « Sol »

 

 

avec Marie Thomas

 

dans une mise en scène de Michel Bruzat

 

 

Théâtre de la Passerelle, Limoges

 

 

A partir de 10 ans/ Durée : 1H10

 

avec le soutien de la Région Nouvelle Aquitaine, le Département de la Haute Vienne, et la Ville de Limoges

 

Parce qu'il a toujours eu envie de protéger la terre, ce grand clown existentiel avec ses chaussures trouées, il s'évade. Lui, il n'a rien, ce clown naïf nous fait partager sa vision du monde, il joue avec les maux / mots de la terre. Il recrée un langage étourdissant, il nous fait toucher les aberrations de notre société. Spectacle qui emprunte au cirque un défroqué de clown et au théâtre un verbe. Il roule les mots comme d'autres leurs cigarettes.

Son moteur, c'est le verbe. Les mots éclatent, pirouettent, il les maquille, les défait, les remonte. Dans sa bouche les mots fleurissent ; il révèle le sens caché du langage. Chaque mot est une fusée qui éclate sans jamais blesser. Il a les couleurs du cirque, il fabrique un univers, il est énergie, puissance, il est hors la loi. Il détraque la logique, il transgresse, il tue de rire...

Michel Bruzat, metteur -en-scène

 

Sol, le clown en haillons et à la langue désopilante, était un jongleur de mots étourdissant, capable de toutes les acrobaties verbales. Marie Thomas lui redonne vie et nous offre 70 minutes de calembours, de néologismes et de poésie. La comédienne, sensible, à la diction épatante, au jeu précis, à l'air enfantin, ne nous fait rien perdre des textes. Le Canard enchaîné, avril 2017

 

Extrait :

«  En tout cas en sortant de là

j'aurais été quelqu'un ça c'est sûr

peut-être un homme grand peut-être un major d'homme

qui fait son servile militaire

peut-être j'aurais été plus fort encore

j'aurais été un énormateur

un très énormateur

un très énormateur trillionnaire

un très énormateur trillionnaire mécréancier

complètement paquebot sur la merditerrannée

qui nourrit des vicomptes de dépanse

avec des entrecôtes d'azur... »

 

 Vidéo de présentation du spectacle

 

 

LA PROSE DU TRANSSIBERIEN ET DE LA PETITE JEHANNE DE FRANCE Les Vendredi 6 et Samedi 7 décembre 2019 à 20H

16 VENDREDI 6 ET SAMEDI 7 DECEMBRE 20H

 

  

LA PROSE DU TRANSIBERIEN

ET DE LA PETITE JEANNE DE FRANCE

 

Poème de Blaise Cendrars

 

 

 interprété par Joël Jouanneau

 

et Pierre Durand à la guitare

  

Compagnie L'Eldorado, Port-Louis (56)

 

 

A partir de 14 ans / Durée : 1 H

 

Cendrars était debout. A lire son œuvre, on croirait qu'il ne s'est jamais couché. Ses rêves ont été des songes verticaux, des songes-totems comme des fusées sur le départ, pour projeter sa vie dans le cosmos, sa vie de bourlingue. Voulait-il humilier le ciel de nous être supérieur? Et c'est donc debout que le comédien et le musicien voyagent dans la langue et le rythme de cette épopée transfigurante, à travers toute la Russie livrée aux folies de la civilisation, art et mécanique, guerre et légende, moine et putain, à bord d'un train qui fait trembler la scène. Debout, comme la colonne haute de 2 mètres de vers de la première édition dite simultanée que les pistons d'à-plats colorés de Sonia Delaunay comprimaient vers la droite et dont nous retrouvons le feu.

 

...Une bouleversante osmose entre un lecteur et un musicien... En transe, Joël Jouanneau était Blaise Cendrars. Avec ses bruitages au micro, il était aussi le train qui roule, qui accélère, qui ralentit à l'approche d'une gare... A la guitare, le jazzman Pierre Durand... Sa musique est intemporelle, raffinée, subtile. Le Télégramme, Janvier 2019

 

Extrait :

« ...

Les inquiétudes / Oublie les inquiétudes

Toutes les gares lézardées obliques sur la route

Les files télégraphiques auxquelles elles pendent

Les poteaux grimaçants qui gesticulent et les étranglent

Le monde s'étire s'allonge et se retire comme un accordéon qu'une main sadique tourmente

Dans les déchirures du ciel les locomotives en folie s'enfuient

et dans les trous

les roues vertigineuses les bouches les voies

Et les chiens du malheur qui aboient à nos trousses

Les démons sont déchaînés / Ferrailles

Tout est un faux accord / Le broun-roun-roun des roues

Chocs / Rebondissements

Nous sommes un orage sous le crâne d'un sourd... »